Le mouvement allemand anti-islam Pegida a été contraint d'annuler sa manifestation hebdomadaire de lundi à Dresde (est), à cause d'un risque d'attentat, dans un contexte de tensions autour des menaces jihadistes en Europe.
La police a annoncé l'interdiction de toute manifestation publique dans cette ville pour toute la journée de lundi en évoquant "un risque terroriste concret".
Depuis les attentats islamistes en France contre le magazine Charlie Hebdo et un supermarché casher à Paris, qui ont fait 17 victimes, l'Allemagne, comme d'autres pays, craint de nouvelles attaques.
"Chers amis, nous devons malheureusement annuler notre 13ème rencontre pour des raisons de sécurité", a annoncé Pegida sur sa page Facebook, évoquant "une menace de mort" visant l'un des organisateurs du mouvement.
Le groupe "Etat islamique a ordonné son exécution", ont précisé les animateurs des cortèges qui défilent presque chaque lundi soir depuis trois mois dans les rues de Dresde pour réclamer une politique migratoire plus restrictive et mettre en garde contre le danger islamiste en Allemagne.
Selon le quotidien Bild, l'homme ciblé par les menaces de mort serait Lutz Bachmann, un Allemand de 41 ans originaire d'ex-RDA, figure de proue du mouvement.
"Il serait irresponsable de faire courir des risques incalculables à nos sympathisants et à la ville de Dresde", a commenté Kathrin Oertel, une autre responsable de Pegida, dans un communiqué.
La police allemande a affirmé détenir "des éléments sur une menace concrète visant les rassemblements du lundi de Pegida". "Des terroristes sont appelés à se mêler aux manifestants pour tuer un membre de l'organisation des manifestations Pegida", a-t-elle expliqué dans un communiqué.
La police y voit des similarités avec "un message (de menace) diffusé en arabe sur Twitter, dans lequel Pegida est décrit comme un ennemi de l'islam".
- "Atteinte à la liberté" -
Pegida a immédiatement condamné les menaces "des forces terroristes", y voyant "une atteinte grave à la liberté d'opinion et de manifester".
Le mouvement a appelé à la solidarité "tous les Européens favorables à la liberté d'opinion et opposés au fanatisme religieux", demandant à chacun "d'installer son drapeau national et une bougie à sa fenêtre".
Les rassemblements de Pegida ("Patriotes européens contre l'islamisation de l'Occident"), organisées depuis octobre, ont rassemblé un nombre toujours croissant de personnes à Dresde.
Lundi dernier, après les attentats commis la semaine précédente à Paris au nom du jihad, 25.000 personnes, un record, avaient défilé dans la capitale de la Saxe. Les organisateurs avaient appelé à porter le deuil à la mémoire des victimes de Paris, tout en y voyant une confirmation du risque islamiste en Europe.
Le mouvement Pegida, considéré comme xénophobe, affirme refuser "l'islamisation" de la société allemande, s'opposer aux jihadistes ou aux étrangers qui refuseraient de s'intégrer. Ses cibles : l'islam, les étrangers, les médias ("tous des menteurs"), les élites politiques, le multiculturalisme, etc., qui dilueraient la culture chrétienne allemande.
La chancelière Angela Merkel a appelé à plusieurs reprises ses compatriotes à ne pas participer aux manifestations de Pegida, estimant qu'elles étaient organisées par des gens au "coeur" rempli de "préjugés" et de "haine".
Tout en soulignant que l'islam faisait "partie de l'Allemagne", et en promettant de protéger les musulmans du pays, elle a annoncé une lutte ferme contre le terrorisme islamiste.
"Ceux qui prononcent des paroles de haine, qui commettent des actes violents au nom de l'islam, leurs complices et les idéologues du terrorisme international seront combattus avec rigueur, en employant tous les moyens à la disposition d'un Etat de droit", a-t-elle déclaré jeudi devant les députés allemands.
Vendredi matin, une dizaine de perquisitions au sein de la "mouvance islamiste" ont été effectuées à Berlin et deux personnes ont été arrêtées.
Des coups de filet dans des milieux jihadistes présumés ont aussi eu lieu ces derniers jours en Belgique, en France et en Grèce.
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