Par Juliette COHEN pour l'AFP, tous droits réservés, 2010:
Son acte de naissance date du 30 avril 1990 et le 2 octobre de la même année, la France et l'Allemagne signaient un traité interétatique établissant les fondements de la chaîne culturelle européenne.
Sa mission : produire et diffuser "des émissions ayant un caractère culturel et international au sens large et propres à favoriser la compréhension et le rapprochement des peuples en Europe", pour répondre aux souhaits d'Helmut Kohl et François Mitterrand.
La presse et les intellectuels saluent l'initiative mais beaucoup n'y croient pas, tandis que des parlementaires de droite critiquent le "fait du prince".
Vingt ans plus tard, cette chaîne a affirmé sa personnalité et joue pleinement son rôle de laboratoire de la culture.
"L'intérêt de la chaîne a rarement été remis en cause, du fait de son statut extra-national et parce qu'elle ne fait pas concurrence aux chaînes privées", observe Philippe Bailly, du cabinet NPA Conseil.
Contrairement à France Télévisions, elle est peu soumise aux contraintes de l'audimat, ce qui lui permet de résister à l'uniformisation, tout en sachant ne pas être élitiste, selon cet expert.
En effet, si ses audiences ne dépassent pas les trois pour cent, elle n'est pas réservée aux intellectuels.
En Allemagne, ses audiences restent confidentielles et les téléspectateurs allemands la considère comme une chaîne française élitiste, même si sa programmation a régulièrement l'honneur des chroniques télés des quotidiens de référence.
En France, Arte souffre d'une image austère "auprès des téléspectateurs qui ne la regardent pas", souligne Valérie Hurier, rédactrice en chef déléguée à Télérama. A tort, selon elle, puisqu'"au meilleur de ses programmes, elle sait emmener de manière accessible vers la création culturelle et des sujets de société".
Au fil des ans, la chaîne a voulu élargir et rajeunir son public : baisse de la diffusion de films en version originale (au grand dam de certains), émissions comme "One shot not" animée par le batteur Manu Katché, programmations estivales comme "Summer of the Sixties".
Sa stratégie numérique est particulièrement innovante : Arte fut notamment en pointe dans la télévision de rattrapage sur internet et la création de documentaires réservés au web, comme "Gaza Sderot", qui autorisent une écriture plus libre.
Mais, alors que le mandat de Jérôme Clément, le patron historique, arrive à échéance en 2011, la chaîne doit se renouveler en partie. Comme toutes les autres grandes chaînes hertziennes, la montée en puissance des petites chaînes de la télévision numérique terrestre grignotent son audience.
Avec 2,2% de part d'audience en soirée et 1,7% sur l'ensemble de la journée en 2010, elle s'est faite dépasser par TMC et W9.
"L'audience n'est certes pas un critère pour Arte. Mais elle bénéficie d'un budget confortable et si elle se laisse aller dans une certaine routine, il y a un risque de voir ses audiences devenir confidentielles", estime Valérie Hurier.
Or selon elle, des cases comme "Les mercredis de l'Histoire" ont tendance à "ronronner", avec une "sur-représentation de certaines périodes" comme la Seconde guerre mondiale, couple franco-allemand oblige.
Arte devrait également "briser le tabou" du bilinguisme dans les émissions d'information et de débats, qui plombe la spontanéité, ajoute la journaliste.
Dans les années à venir, Arte pourrait dépasser sa bi-nationalité pour devenir "une chaîne vraiment européenne", prédit M. Bailly.
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