Ils se comptent sur les doigts d'une main. Rue du Gros-Horloge à Rouen, les commerçants indépendants sont aux abonnés absents, ou presque. Au départ de la place du Vieux-Marché vers la célèbre rue, s'il est impossible de passer à côté des mastodontes de la restauration rapide - McDonald's, Burger King, KFC… - il faut avoir l'œil bien aiguisé pour trouver des indépendants, victimes de l'augmentation constante du prix des loyers et des charges. Ils peinent à survivre sur la première voie piétonne de France tandis que les petits nouveaux n'envisagent même plus de s'y installer.
Côté indépendants, "le décompte est simple", confie Philippe Depréaux, président du réseau Rouen Shopping. Il y a le maroquinier Balenzo, les bijouteries Tiffany Creation et Quelque part et la droguerie Deconihout, qui a annoncé fermer en raison, entre autres, du prix élevé du loyer et des charges importantes. Comment expliquer ce phénomène ? Selon Philippe Depréaux, "l'offre commerciale, qui a baissé, était principalement une offre textile et d'équipements de la personne. Au fil des années, tout a changé".
Comme dans toutes les villes, "les rues emblématiques [comme celle du Gros-Horloge] sont très commerçantes. Les enseignes qui ont voulu s'y implanter ont fait monter les valeurs locatives des emplacements". Les commerçants indépendants ne peuvent donc plus se permettre de s'y installer. Aujourd'hui, pour 100m2, les loyers annuels se situent aux alentours des 200 000€ par an, soit "près du triple de ce qui se fait à côté", relate José Ortuzar, vice-président des Vitrines de Rouen, l'association des commerçants et des artisans rouennais. "Il faut avoir les reins solides pour s'installer."
"On réfléchit sérieusement à se déplacer"
Cela fait 20 ans que la maroquinerie Balenzo est ouverte rue du Gros-Horloge. "Il y a quatre ou cinq ans, on a songé à déménager car la rue est de plus en plus axée sur l'alimentaire et moins sur les accessoires", confie Lucien Cheng, gérant des boutiques Balenzo rue du Gros-Horloge et rue Jeanne d'Arc à Rouen. Quant au prix de son loyer sur la célèbre artère, "je ne peux pas donner les chiffres exacts mais ils sont élevés". Il faut aussi ajouter les charges, l'électricité et "les prix des articles qu'on commande sont eux aussi plus élevés", résume le commerçant, qui évoque une situation "très complexe". En comparaison, "le loyer de la rue Jeanne d'Arc est plus modéré". Avec le départ de la droguerie Deconihout, "on réfléchit sérieusement à se déplacer. C'est triste parce que ça fait plus d'une vingtaine d'années qu'on est ici". Selon le gérant, tant que les franchisés comme Jules, Morgan, Jonak sont encore là, "on restera mais si ce n'est pas le cas, la question d'un déménagement se posera".
A Rouen, d'autres secteurs attirent : la rue des Carmes et la rue Ganterie même si là encore, les prix des loyers sont élevés. Quand un loyer est fixé, "il est difficile d'obtenir une baisse lors du renouvellement du bail, ce qui fait que certains doivent partir", explique le président de Rouen Shopping. Certains décident de s'éloigner de ces rues mais "la fréquentation est moindre". Pour autant, selon José Ortuzar, "les rues perpendiculaires et adjacentes fonctionnent bien et leurs loyers sont deux à trois fois moins chers" comparés à ceux de la rue du Gros-Horloge. Entre loyers prohibitifs d'un côté et crainte d'une affluence plus faible de l'autre, les derniers indépendants devront, tôt ou tard, trancher.
Les valeurs locativesdes commercestoujours plus élevées ?
L'agence immobilière rouennaise Arthur Loyd s'appuie sur une étude de marché du commerce de 2024. La rue du Gros-Horloge est l'un des secteurs où les prix s'envolent mais elle n'est finalement pas la seule.
Le prix au mètre carré rue du Gros-Horloge s'envole. Selon une étude de marché du commerce réalisée en 2024 sur laquelle s'appuie l'agence immobilière Arthur Loyd de Rouen, les prix des loyers annuels au mètre carré HTC sont très élevés sur la célèbre voie piétonne : ils se situent entre 700€ et 1 000€. Ceux de la place du Vieux-Marché s'en approchent également : de 400€ à 600€, comme ceux de la rue Ganterie, allant de 400€ à 650€ et rue des Carmes, entre 700€ et 900€.
En comparaison, toujours selon la même étude, les prix des loyers annuels au mètre carré HTC sont un peu plus bas dans certains quartiers rouennais eux aussi très commerçants. Rue Jeanne d'Arc, les prix oscillent entre 200€ et 400€, place Saint-Marc, entre 250€ et 400€ et rue Armand-Carrel, entre 200 et 350€. Du côté de la rue Saint-Nicolas, les prix des loyers augmentent légèrement : ils se situent entre 300 et 500€. Même constat rue Rollon, où les prix varient de 350 à 600€ et rue aux Juifs, de 400 à 600€.
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