A 66 ans, Philippe Bas s'apprête à changer de vie. Le sénateur de la Manche, conseiller départemental et conseiller municipal de Saint-Pois rend tous ses mandats samedi 1er mars. Il sera alors officiellement membre du Conseil constitutionnel. Cette nouvelle fonction s'accompagne d'un devoir de réserve, avec l'impossibilité de s'exprimer sur les sujets politiques. Voici donc sa dernière interview avant neuf ans.
Quels sont vos sentiments à l'aube de cette nouvelle carrière ?
"D'abord, c'est une responsabilité impressionnante, et qui l'est plus encore aujourd'hui, de mon point de vue. La constitution de la Ve République a donné de très bons résultats pendant 65 ans, mais aujourd'hui le système politique est abîmé. Nous avons connu quatre gouvernements en un an. Nous vivons une période d'instabilité alors que la Ve République était jusqu'alors la stabilité. Comme le Conseil constitutionnel doit faire respecter les règles dans les rapports entre gouvernement/parlement, Sénat/Assemblée nationale, que la loi soit adoptée dans de bonnes conditions, on sent que cette instabilité modifie les conditions de travail du Conseil constitutionnel qui doit veiller à agir dans le sens d'être un pôle de stabilité dans les institutions. Mon deuxième sentiment, c'est celui d'une page qui se tourne. J'ai eu en 20 ans de vie publique, dont une majorité passée à représenter la Manche, le sentiment d'une grande richesse humaine, avec des dizaines et des dizaines de rencontres. J'ai vécu ça, ça a été un grand bonheur, une grande richesse et au moment de tourner cette page de ma vie, j'ai quand même un peu d'émotion."
Quel est le souvenir que vous gardez de ces mandats ?
"Ce sont souvent des événements invisibles. Telle personne, qui, pour pouvoir vendre une ferme, devait faire signifier un jugement annulant le mariage de son frère en Afrique, car le frère était handicapé. J'ai dû m'occuper de retrouver une fausse veuve au Cameroun pour pouvoir lui signifier un jugement d'annulation de mariage et donc permettre de vendre cette ferme. Les gens viennent vous voir quand ils ne savent plus à quels saints se vouer. Ils ont parfois des expériences humaines, c'est un peu comme chez le docteur. Une fois qu'on a refermé la porte du bureau, on nous confie beaucoup de choses de la vie. Je suis rentré dans la vie de mes concitoyens car ils m'ont ouvert cette porte et j'ai essayé de les aider du mieux que je pouvais quand je pouvais le faire."
Quel lien allez-vous garder avec la Manche ?
"Je vais garder mes bottes dans le coffre de ma voiture dans la Manche, parce que je compte bien garder le rythme de vie que j'ai comme parlementaire, avec une partie de la semaine à Paris et une partie dans son territoire, à sentir la vie de notre France profonde. J'ai bien l'intention de poursuivre ce genre de vie. Je pourrais continuer, tout en respectant ma réserve sur le plan politique, à être présent aux grands événements de la vie de notre territoire."
La Manche est aussi un territoire où il fait bon vivre…
"Bien sûr ! La Manche a longtemps été un territoire méconnu. Grâce en partie à notre agence d'attractivité, elle est mieux connue. Nous avons besoin, pour nous développer, de main-d'œuvre. Notre population ne se renouvelle pas naturellement. Il faut faire venir des gens dans la Manche, qu'ils aient le droit de construire des maisons. Il faut que nos entreprises se développent, le tourisme, l'agriculture, l'industrie agroalimentaire, nos très grandes entreprises, Naval Group, Acome, l'électricité nucléaire, ou l'éolienne en mer. Nous avons là des chances de développement considérables pour l'avenir. Mais il faut que notre territoire soit accueillant et que sa population se renouvelle."
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