C'est un événement qui les liera à vie, dont ils se souviendront tous. "Même si nous aurions préféré que ça n'arrive pas", concède Noha Renouf. Samedi 16 septembre, ses U18 de l'AF Virois sont opposés à ceux de Caen Sud Ouest lors d'un match de Coupe Gambardella. Au bout d'une trentaine de minutes, Noha Renouf, entraîneur de Vire, décide de sortir Junior Enam Goe de la pelouse. Ce dernier montre des signes de fatigue. "Il n'était pas comme d'habitude", souligne le coach. Le jeune joueur prononce une phrase en signe d'excuse avant d'aller s'asseoir sur le banc : "Je n'ai plus de jus."
Il s'effondre juste après
Peu importe, cela peut arriver. Mais deux minutes après, c'est le drame. "Je me retourne vers mon banc, et je le vois au sol, se remémore le jeune éducateur de 19 ans, la voix emprise d'émotion. Je serre sa main et je sens toujours son pouls. Mais au bout de quelques instants, je ne sens plus rien, et je vois qu'il ne respire plus." Ni une ni deux, Noha Renouf entreprend un massage cardiaque, avec succès, car le cœur de Junior repart. Deux spectateurs viennent à ses côtés pour l'assister, tandis qu'un parent de joueur renvoie tout le monde au vestiaire. "Il ne fallait pas qu'ils voient ça." Puis quelques minutes plus tard, le cœur du jeune joueur de 17 ans s'arrête à nouveau de battre. "Là, on a utilisé un défibrillateur semi-automatique que le club de Caen Sud Ouest possédait", se rappelle celui qui a appris les gestes qui sauvent il y a cinq ans, en passant son PSC1. "Ce n'était pas très frais dans ma tête, mais c'est revenu tout seul, explique-t-il. Pendant tout cet instant, je n'ai eu aucune notion du temps. La peur et l'adrénaline étaient au maximum. Mon cerveau était littéralement en pause, c'est comme si mes gestes étaient naturels. Pourtant le contexte est différent : lors de la formation, on apprend sur un mannequin, c'est bon enfant. Loin de réaliser ces gestes sur un terrain de football sur une personne que l'on connaît."
"Chez moi, j'ai tout relâché"
Place maintenant à l'arrivée tant attendue des pompiers. Ils demandent immédiatement à Noha Renouf de s'écarter de Junior Enam Goe. "C'est en voyant la scène de loin que j'ai réalisé ce qu'il se passait, mais j'étais loin d'être soulagé", lâche-t-il. Les secouristes ont pris la décision de placer le joueur dans le coma, afin d'éviter d'éventuelles séquelles neurologiques, avant de l'emmener au CHU de Caen, en réanimation. "Je suis rentré aux vestiaires, il fallait rester fort devant mes joueurs, les gars étaient vraiment très touchés. Je leur ai expliqué la situation, sans donner de bons ou de mauvais espoirs." Le match ne reprendra évidemment pas, et chacun rentrera chez lui, sauf Noha. "Je suis rentré le plus tard possible, pour rester dans le jus. Une fois à la maison, j'ai tout relâché, les émotions ont pris le dessus", affirme celui qui n'a aucune honte à dire avoir versé quelques larmes. Le lendemain, il a pris la décision de chausser les crampons pour jouer, s'aérer un peu l'esprit.
Une attente difficile
Et puis, il a fallu attendre plusieurs jours pour entendre la bonne nouvelle : Junior va bien. "Je suis allé le voir. On ne s'est pas dit grand-chose, on se comprenait par le regard, pose le Virois. Il ne se souvient de rien, mais on lui a raconté. Puis on a parlé de tout, de football, de l'école…" Junior se remet bien, et était même présent par écran interposé lorsque le match contre Caen Sud Ouest s'est rejoué. Il a participé à la causerie d'avant-match, mais aussi au cri de guerre après la victoire des siens 4-0.
"J'espère que ça n'arrivera plus. Cet événement nous fait tous prendre conscience que cela peut survenir à chacun, et qu'il faut savoir savourer tous les bons moments de la vie", philosophe l'éducateur, ou plutôt le héros ? "Non, je n'en suis pas un. Je ne réalise toujours pas ce qu'il s'est passé, même si j'ai conscience de lui avoir sauvé la vie. Au final, j'ai juste essayé de faire de mon mieux." Et il l'a plutôt bien fait.
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