Longtemps boudée par Paris et la presse spécialisée, la scène rap rouennaise sort du silence depuis plusieurs années maintenant, avec des succès nationaux tels que Rilès ou Younès. Mais c'est tout un vivier qui s'est développé depuis les années 90 à Rouen, à "l'ombre du show-business", comme chantaient Kery James et Charles Aznavour.
Depuis son fief de Maromme, Frank Guillouet, alias Deno, a bien connu l'évolution du rap, depuis les premiers "freestyles" (style libre) de NTM jusqu'au renouveau du genre incarné par la génération Jul, PNL et Nekfeu. Amoureux du genre, le Marommais s'est rapidement lancé dans la musique, et voilà maintenant une trentaine d'années qu'il travaille dans le milieu. "Je suis autodidacte, j'ai vraiment appris de moi-même à m'enregistrer, à faire mes propres mix, écrire mes textes, faire mes propres pochettes d'album, je n'ai jamais voulu compter sur quelqu'un." Toujours aussi débrouillard, le Normand, qui a pris depuis la casquette de producteur, a monté un nouveau projet : le collectif Wanted Musik, une association composée d'une dizaine d'artistes réunis autour du studio QG Records à Maromme.
Un lieu artistique et social
Avec ce nouveau lieu, le Marommais veut rendre plus abordable l'enregistrement pour les jeunes du quartier, lui qui a connu, à ses débuts, une industrie peu accessible pour le grand public. "À l'époque, une session d'enregistrement pouvait coûter pratiquement 300 euros pour un titre, et on s'est rendu compte que ça restait toujours aussi cher." Chez lui, une session d'enregistrement coûte ainsi 40 euros en cas d'adhésion à l'association. "On n'est pas qu'un studio, un jeune qui vient chez nous peut aussi faire un clip, profiter d'un atelier d'écriture, monter sa chaîne YouTube, etc. On a aussi un partenariat avec l'Idefhi [Institut départemental de l'enfance de la famille et du handicap pour l'insertion, ndlr], grâce auquel on propose des sessions pour les jeunes du foyer."
GIO, de son vrai nom Giovanni Quintino, fait partie des rappeurs que Deno a pris sous son aile. "Deno m'a appris les bases, il a une bonne oreille musicale", explique le rappeur de 30 ans qui a sorti son premier album en 2021 à l'aide du producteur.
Jamais dans la tendance mais toujours dans la bonne direction, disaient les membres de la Scred Connexion. GIO a gardé une certaine appétence pour ce qu'on appelle le "rap conscient", un rap à texte et revendicateur, à l'image ce que les premiers artisans du hip-hop en France ont fait dans les années 90. "Moi, je suis resté à l'ancienne aussi, comme Deno. Lui, c'était plus NTM et IAM, moi, j'ai connu la génération d'après avec la Mafia K'1 Fry, ça m'a beaucoup inspiré." Le jeune rappeur planche désormais sur une deuxième galette avec des influences plus modernes, tout en conservant l'authenticité de sa plume. "Il y a toujours un message à passer… Je trouve que ça se perd dans le rap justement." Hip-hop oblige, le rappeur termine l'interview avec un freestyle bien senti sur les notes de violon du désormais classique Émeutes du rappeur sarcellois Passi.
"Il y a de plus en plus d'artistes et de plus en plus d'initiatives"
Lucie Boulard s'intéresse à la scène rap rouennaise depuis plusieurs années.
Manageuse de Sheuv 23, un artiste émergeant de la scène rap rouennaise, Lucie Boulard s'intéresse à la culture depuis quelques années maintenant. Méthodique dans ses recherches, elle a listé plus de 120 noms de groupes ou artistes du genre en activité autour de Rouen, une liste "non exhaustive", qui évolue de jour en jour.
Comment évolue le mouvement hip-hop à Rouen selon vous ?
"Il y a de plus en plus d'artistes et de plus en plus d'initiatives, notamment le projet de maison du hip-hop, et aussi un magazine, Sous Press', le seul fanzine papier qui existe à Rouen dédié à cette culture. Il y avait aussi des associations à l'époque comme Débarquement jeunes qui ont fait énormément de choses autour du rap, et là on parle des années 90-2000."
Parmi cette effervescence d'artistes
ici à Rouen, quels sont les talents à suivre ?
"Je ne peux pas répondre à cette question, ce serait faire du favoritisme. C'est un énorme vivier mais rien que depuis le mois de janvier, il y a eu la sortie des projets de Sheuv 23, ADM, Crimson, Papi Teddy Bear, Herka & Diez, Yung Ciel, Eekhoorn ou encore Daara."
Vous avez évoqué la maison du hip-hop, qu'attendez-vous de ce projet ?
"Il n'y a pas de salle dédiée pour voir du rap ni du break à Rouen donc forcément ça m'a parlé tout de suite. Je ne comprends pas cette absence, ce projet permettrait de se retrouver tous ensemble, de faire des partenariats professionnels ou juste pour la passion, ce serait mortel !"
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