Le bruit métallique des coups de marteau résonne contre les murs à pans de bois de la Michaudière, joli hameau du bocage normand situé à Juvigny-Val-D'Andaine. Emmanuel Rochefort-Cunin est posté à l'arrière de Tiger, un cheval massif, contenu dans une structure de bois et le sabot maintenu en l'air par des cordes : de ses fortes mains de travailleur, il rabote, lime et enfin ferre le pied de l'animal. Deux pulls épais sous sa combinaison le protègent du froid piquant : "J'évite au maximum de travailler dans mon bureau, même si j'y suis bien obligé !"
Un haut lieu du tourisme dans l'Orne
Nous sommes à la Ferme du cheval de trait, devenue en quelques décennies un haut lieu du tourisme dans l'Orne. En cette saison hivernale, seule l'équipe de permanents - dont son épouse Lucie - s'affaire sur les lieux. Mais 55 000 visiteurs affluent de tous les horizons chaque année : "Mon père a racheté ce groupe de maisons en ruine dans les années 1980 pour œuvrer à la préservation du cheval de trait, explique le quadragénaire. Il voulait montrer que ces chevaux, désormais promis à l'abattoir, étaient tout à fait aptes au dressage, à l'attelage et à la voltige."
Du doctorat d'histoire
à la formation de maréchal-ferrant
Après une enfance entre la région parisienne et la Normandie, l'homme a rejoint l'aventure "à plein temps" il y a quinze ans, désertant les couloirs de l'université qui l'avaient mené jusqu'au doctorat en histoire pour une formation de maréchal-ferrant. Rien d'incohérent à ses yeux : "Je suis quelqu'un de curieux et j'ai toujours pensé que faire des études était une chance. Les sciences humaines sont une vraie formation pour la vie."
"Mais en réalité, j'ai toujours eu un pied ici. Pendant toute mon enfance, je ne perdais jamais une occasion de venir à la Michaudière", se souvient-il. Jamais l'étiquette de Parisien ne lui a collé à la peau, affiche-t-il d'ailleurs avec fierté, ce qui n'est pas rien en ces contrées rurales. "Je suis extrêmement attaché à la Michaudière."
Désormais, Emmanuel cogère cette aventure humaine main dans la main avec son père. Les journées de cet inclassable touche-à-tout ne se ressemblent jamais : "Je fais aussi bien de la gestion d'équipe que du soin pour les chevaux ou de la communication, et nous sommes tous polyvalents." Aujourd'hui, la Michaudière compte une trentaine de chevaux de trait. Mais si le spectacle équestre, unique en son genre en Europe, en est l'une des pièces maîtresses, le projet est bien plus large : "Notre offre est constituée autour de trois axes : le spectacle, le lieu et le restaurant." Les touristes, venus de France comme de l'étranger, trouvent ainsi de quoi s'occuper agréablement pendant une bonne demi-journée, sous le signe de la convivialité. "Le but de nos équipes est que nos visiteurs passent une journée sans accrocs et repartent contents."
"Un écosystème positif"
Ancrés sur un territoire, le père et le fils ont à cœur de porter un regard global sur leur activité. Ils tâchent d'être autonomes en produisant leur foin et leur luzerne sans insecticides. Sur leur propriété, qui s'est élargie au fil des années, ils plantent de nouvelles haies et ménagent des espaces pour les animaux… " Ça me passionne de faire vivre et de développer cet écosystème positif."
De multiples casquettes
Outre cogérer la Michaudière, Emmanuel Rochefort-Cunin endosse de nombreuses responsabilités.
Des spectacles l'été…
De la terre
à la scène
D'avril à octobre, la Michaudière présente son spectacle De la terre à la scène, qui "prend le contre-pied de l'image traditionnelle des chevaux de trait, chevaux de labour ou bêtes à viande, et nous dévoile toute la beauté et la légèreté de ces animaux dont le destin a longtemps été lié au nôtre". Le spectacle dure une heure et demie. Sept des neuf races de chevaux de trait sont réunis à la Michaudière : percherons, cobs normands, bretons, ardennais, trait du Nord, comtois… et le plus grand cheval du monde : le shire.
...Et des illuminations l'hiver
Concours
des Villages illuminés
La Michaudière a rejoint il y a une quinzaine d'années le concours des Villages illuminés, qui se tient chaque année de début décembre à début janvier dans le Bocage normand. "Nous avons accompli un travail de forçat depuis quinze ans pour mettre notre site en lumière." Emmanuel Rochefort-Cunin a même pris la relève de la présidence de l'association des Villages illuminés : "J'y vois une manière de faire rayonner notre territoire et de créer du lien."
Création artistique
Des œuvres exposées
dans le jardin
Élevé depuis tout jeune dans une école alternative dont la pédagogie faisait une grande place à l'art et à la créativité, le jeune Emmanuel montait alors des expositions de son cru. "On apprend à se débrouiller avec ce qu'on a, à faire des choses très différentes. C'est un peu comme ça qu'on fonctionne à la Michaudière." Ses sculptures en métal et matériaux de récupération côtoient les œuvres que la ferme acquiert auprès d'autres artistes, dans le jardin où les visiteurs sont libres de déambuler.
Engagé pour le tourisme
Valoriser
la filière
Emmanuel Rochefort-Cunin représente l'Orne au Conseil d'administration de Normandie Site, une association qui regroupe la majorité des sites touristiques normands : "J'apprécie qu'elle fédère des lieux aux tailles et activités très variées." L'association œuvre pour un tourisme de qualité et pour valoriser la filière auprès des institutionnels. "J'essaye aussi d'y mettre en valeur ma vision d'une entreprise qui considère sa mission d'une manière globale, avec un certain recul."
Envie d'afficher votre publicité ?
Contactez-nousEnvie d'afficher votre publicité ?
Contactez-nous
L'espace des commentaires est ouvert aux inscrits.
Connectez-vous ou créez un compte pour pouvoir commenter cet article.