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[Enquête] Mondeville. Les coulisses de l'entreprise Filt1860, fleuron du savoir-faire normand

Economie. Son filet à provisions se vend à merveille. La société Filt1860 fait partie du patrimoine de la Normandie depuis 1860. Plongeons dans ses coulisses.

[Enquête] Mondeville. Les coulisses de l'entreprise Filt1860, fleuron du savoir-faire normand
Des bobines de fil à en perdre la tête au sein de l'entreprise Filt1860 à Mondeville, rue Ada-Lovelace.

Filt1860, c'est l'histoire d'une entreprise plus que centenaire -sa date de création est dans son nom-, au savoir-faire normand, qui s'exporte dans le monde entier. Son filet à provisions, ringard il y a quelque temps, s'arrache désormais en 32 couleurs différentes. À la tête de l'entreprise, jadis familiale, Jean-Philippe et Catherine Cousin, mariés et uniques propriétaires. Avec eux, la marque se développe un peu plus chaque année, tout en préservant l'héritage et les racines des paysans du sud de Caen qui concevaient des filets artisanaux au crépuscule de la révolution industrielle.

Un filet réutilisable

À l'heure où la conscience écologique s'installe durablement dans le débat public, Filt1860 a su se poser comme un précurseur en 2011. "On avait un peu perdu le savoir-faire, il a donc fallu rappeler une ancienne employée qui les concevait à l'époque", se remémore Catherine Cousin. "La façon de faire était très archaïque, nous avons ajouté de la modernité", embraye son mari. La nostalgie fait effet, le filet plaît aux Normands, "qui ont tous une grand-mère qui possédait un filet". Puis, l'interdiction des sacs plastiques entre en vigueur, c'est l'explosion des commandes, aidée par la bonne publicité offerte par les médias nationaux. "IKEA nous a copiés. Et on sait qu'ils ne copient que ce qui marche !", balance Jean-Philippe Cousin. Mais la plus-value du couple, c'est la garantie d'un produit de qualité, réalisé dans de bonnes conditions et à une échelle humaine. Preuve de la bonne santé de la société labellisée Entreprise du patrimoine vivant, elle a déménagé dans ses locaux mondevillais en 2019, et prévoit une extension du bâtiment de 1 100 m2.

Ce sont en tout 300 000 exemplaires qui passent dans les mains des couturiers chaque année. Un peu moins de la moitié file de l'autre côté des frontières. Les Asiatiques en sont très friands, tout comme les Américains et nos voisins européens. Les poignées bleu-blanc-rouge, conçues initialement "pour les Japonais", font de Filt1860 un fleuron de l'industrie française, qui ne manque pas d'inscrire sur chaque filet la mention Made in France et Made in Normandie. Mais il n'y a pas que le filet à provisions en boutique. L'entreprise propose des filets de pêche, des hamacs ou bien des mèches à bougie, "qui font un tabac à Lourdes". En tout, il faut dénombrer 800 références de produits finis, ce qui suppose une importation annuelle de 100 tonnes de fil. "Un kilo équivaut à 10 000 mètres, faites le calcul", défie Jean-Philippe Cousin. C'est chose faite. Mis bout à bout, cela représente plus de deux fois le tour de la planète !

Une industrialisation à la sauce made inNormandie

Caen. Une industrialisation à la sauce made inNormandie
2. Une machine de l'entreprise Filt1860  Le couple a modernisé la production de filets à provisions pour accélérer le processus. Tout un programme électronique intégré aux machines permet de faciliter la vie des couturiers, qui doivent coudre les poignées aux filets. En tout, 30 filets sont produits par heure et par personne !

Une industrialisation à la sauce Made in Normandie

Entrer chez Filt1860, c'est entendre le bruit des machines qui tricotent, mais aussi avoir des couleurs plein les yeux.

Les petites mains derrière les filets

Couturiers. Les petites mains derrière les filets
Les couturiers de l'entreprise Filt1860 viennent, pêle-mêle, de Géorgie, de Guinée, d'Afghanistan, du Bangladesh, d'Ukraine ou encore d'Espagne, mais aussi de France évidemment !

Après le travail des machines, ils sont une vingtaine de couturiers à fignoler les filets. Et l'atelier est une vraie tour de Babel !

Parmi la vingtaine de couturiers travaillant pour l'entreprise, sur les 42 employés, de nombreuses nationalités sont représentées. "C'est génial, ce ne sont jamais les mêmes gâteaux à la cafétéria", s'esclaffe Catherine Cousin, propriétaire, avec son mari Jean-Philippe, de Filt1860. "À partir du moment où la personne veut travailler, ça me suffit", poursuit-elle. Parmi la petite équipe, Marharyta, une Ukrainienne ayant fui la guerre pour rejoindre sa fille, étudiante en France. "Elle avait déjà des notions de couture, et pour nous, c'était une manière de lui redonner sa dignité, lui permettre d'être indépendante", se rappelle Catherine Cousin. Avec une véritable volonté d'être inclusif, le couple essaye aussi d'intégrer le plus de garçons possible. "Chaque CV masculin aboutit au moins à un essai." C'est de cette manière que Jubel Rohman, en provenance du Bangladesh, a atterri ici. Chez Filt1860, depuis un peu plus d'un an, le jeune homme essaie de s'intégrer le mieux possible dans la société, et s'il insiste pour parler la langue française, il avoue dans un grand sourire que "c'est trop compliqué". "Au Bangladesh, la culture veut que ce soit plutôt les hommes qui travaillent dans la couture, explique Catherine Cousin. C'est pareil en Afghanistan. On a déjà eu des hommes, mais ils avaient un peu de mal avec l'autorité féminine, ça ne l'a pas fait." Héritage de l'histoire de l'entreprise, une salariée travaille toujours à domicile. Quelques fois dans le mois, elle vient chercher le matériel et rendre les produits finis, ayant ensuite tout le luxe d'adapter son emploi du temps à sa guise. "On a créé le télétravail industriel, sourit Jean-Philippe Cousin. C'est aussi une manière de réduire les trajets en voiture." Quelques années auparavant, ces couturières qui travaillaient pour Filt1860 en temps partiel étaient plus nombreuses.

Un manque de main-d'œuvre

Et si la couture est un métier "de passion, de précision, qui nécessite de la rigueur", dixit Catherine Cousin, il existe une pénurie de main-d'œuvre sur le marché. Filt1860 aimerait bien intégrer à son équipe cinq personnes supplémentaires, pour faire face au succès croissant du filet à provisions. "Le problème vient du manque de formation dans la production industrielle", explique Jean-Philippe Cousin. Mais à chaque problème sa solution. Si la formation n'existe pas ou peu, autant la créer à domicile. Le couple ambitionne de fonder une antenne d'un CAP dans les métiers de la mode, afin d'offrir eux-mêmes une formation bien précise. "On veut que ce soient des jeunes sortis du système, en situation de décrochage", affirme Catherine Cousin, avec toujours cette volonté d'inclusion. Les étudiants devront utiliser les machines le plus souvent possible, et se verront proposer le moins de théorie possible.

Filt1860 flirte avec le monde du luxe mais garde la fibre locale

Caen. Filt1860 flirte avec le monde du luxe mais garde la fibre locale
L'entreprise reste à taille humaine et accorde une grande importance à ses petites mains.

Filt1860 flirte avec le monde du luxe mais garde la fibre locale

"En mars 2020, j'ai reçu un coup de fil de la directrice artistique de Longchamp. Deux jours après, j'étais dans son bureau avec déjà des idées et des petits échantillons", se remémore Catherine Cousin, moitié de la direction de Filt1860. La marque de luxe française voulait créer une collection spéciale : associer son design avec le filet à provisions. "L'engouement a été exceptionnel dès la présentation, c'était presque du jamais vu pour eux", s'étonne encore Catherine Cousin. Depuis, la collaboration prospère et entend durer dans le temps. La collection prévue pour l'an prochain est déjà dans les tuyaux.

Un enracinement profond

Malgré un produit à succès et un flirt avec l'univers du luxe, Filt1860 veut préserver son histoire et ne pas céder aux sirènes de la délocalisation. "Je suis une militante du made in France, abonde la gérante. Je veux que l'on garde le savoir-faire chez nous. Puis, on ne peut pas partir après plus de 160 ans d'histoire en Normandie." L'entreprise reste à taille humaine et accorde une grande importance à ses petites mains. Le nom de chaque couturier est inscrit sur le sac, de quoi "impliquer tout le monde, mais aussi humaniser la production. Ce ne sont pas que des machines ou le fruit d'un travail à la chaîne".

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