"Un alignement de désirs." C'est ainsi que Gaël Charbau décrit poétiquement son arrivée à la direction artistique d'Un été au Havre. Choisi pour succéder à Jean Blaise (2017-2022), il est catégorique : "Je n'ai pas imaginé une seule seconde que ce poste ne puisse pas être pour moi." Celui qui s'est fait une spécialité du lien entre art et espace public (lire par ailleurs) avait un emploi du temps déjà chargé. Mais dès janvier dernier, le Parisien se met à multiplier les allers-retours, "presque tous les 15 jours", pour s'imprégner du territoire.
Première visite au Havre il y a 20 ans
Sa relation à la cité Océane est ancienne. "Je découvre Le Havre pendant mes études. On a des cours d'architecture et Perret fait évidemment partie de l'Histoire de l'art. La première fois que je suis venu, c'était il y a pratiquement 20 ans, se souvient-il. Ce n'est plus du tout la même ville aujourd'hui." À distance, il suit également la programmation de la manifestation culturelle initiée pour les 500 ans de la fondation de la commune normande.
Son prédécesseur laisse "une collection exceptionnelle", selon lui. "Certaines œuvres ont été plébiscitées par le public, certaines sont identifiées bien au-delà du Havre et sont devenues de véritables symboles, comme la Catène, UP#3, la Narrow House. J'ai la chance de commencer mon travail sur un terrain extrêmement fertile."
Un bail de quatre saisons
Gaël Charbau a signé pour quatre éditions d'Un été au Havre. "C'est pour permettre une forme de stabilité, pour construire dans la durée. Les projets artistiques se mènent sur plus d'une année. Quatre ans, c'est bien, jauge-t-il. Ça pourrait presque être plus. Car ça passe très vite. Il s'agit également d'imprimer une vision par rapport à la ville, par rapport à certains enjeux."
Et il se lance dans une véritable déclaration d'amour à la cité Océane : "Le Havre est totalement unique. Dans sa multiplicité. Il y a le port, immense, presque une marina, une plage, une forêt, des parcs, les Jardins suspendus qui sont un paysage dans le paysage. Et dans cette période charnière que connaît notre monde, on a ici tous les sédiments des transformations de notre société : les vestiges de la guerre, l'épopée industrielle, la relation aux loisirs, le renouveau écologique. C'est très intéressant."
Le sujet de l'écologie sera pris en compte. "Par une forme d'économie des matériaux, de réflexion sur l'impact de la manifestation. Tous les artistes sont aujourd'hui concernés par les questions écologiques et sociales." La programmation devrait évoquer ces problématiques, "sans donner des leçons".
"Arpenter la ville pour faire naître des désirs chez les artistes"
La programmation se fera à budget constant (N.D.L.R. : 3 millions d'euros). Quand on lui demande les premières pistes pour 2023, Gaël Charbau rit de bon cœur. "Comment vous dire, sans trop vous en dire ? Mon premier axe de réflexion est de faire venir des artistes ici, d'arpenter le territoire à vélo ou à trottinette. Je veux avant toute chose qu'ils prennent conscience de sa richesse. Pas question de plaquer un projet sur un lieu. Je veux que la ville fasse naître des désirs chez les artistes." OK, mais quels lieux ? "Des lieux du quotidien des Havrais." Oui, mais lesquels ? Nouvel éclat de rire. On n'en saura pas plus. Pour l'instant.
Bio express
Gaël Charbau, le nouveau programmateur d'Un été au Havre.
Les débuts
Ex-prof d'arts plastiques
Né le 12 décembre 1976 à Sedan (Ardennes), Gaël Charbau est diplômé en 2001 en Histoire de l'art et en esthétique à Lille (Nord). Il devient enseignant en arts plastiques. Le jeune prof est parachuté en Seine-Saint-Denis. "J'avais une vingtaine de nationalités parmi mes élèves. Ça a nécessité d'adapter mon enseignement à cette diversité culturelle. C'était hyperenrichissant. Mais pas de tout repos." En 2003, en parallèle des cours, il crée et dirige pendant huit ans la revue d'art contemporain Particules. "Une véritable porte d'entrée vers le monde de l'art", estime-t-il.
Paris by night
La Nuit blanche 2018
"J'étais en montage d'expo au Palais de Tokyo. Un coup de fil de la mairie. On veut te rencontrer. Rapidement." Il prend ses fonctions de directeur artistique de la manifestation parisienne fin 2017, moins d'un an avant l'échéance. "C'était un toboggan à 90°. Soit on y va, soit on n'y va pas. Évidemment, on y va !", se souvient-il avec un sourire gourmand. Gaël Charbau est aussi commissaire des expositions de la Fondation Hermès depuis 2014 et, depuis 2013, de la Bourse Révélations Emerige.
Chef de chantier
De l'art pour les JO de Paris 2024
En 2020, il est nommé directeur artistique, avec l'agence d'ingénierie culturelle Manifesto, du futur village des athlètes. "C'est un morceau de ville qui se construit entre Saint-Ouen et Saint-Denis (Seine-Saint-Denis). Il s'agit d'imaginer comment on va implanter des œuvres pérennes pour le temps olympique, mais aussi pour la phase 'héritage'. Ce qu'on laisse au territoire après les Jeux." Un défi titanesque, mais pas de quoi impressionner Gaël Charbau, rompu à l'exercice. Il admet tout de même : "C'est un énorme calendrier, beaucoup de réunions, de préparation, d'évaluation. C'est beaucoup de travail."
Bienvenue au Havre
Son job de rêve
"Je n'ai pas beaucoup candidaté à des postes dans ma vie, on est plutôt venu me chercher. Et là, on m'a alerté sur l'ouverture d'une succession à Jean Blaize." Les expériences passées du directeur artistique parlent pour lui. "Mon travail sur la Nuit blanche et sur le village olympique dessine une relation claire entre l'art et l'espace public. Je me suis dit : Un été au Havre, c'est vraiment pour moi !" Il postule, face à d'autres candidats en lice. Gaël Charbau est choisi. Le résultat, dès l'été 2023.
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