C'est devenu une constante à Rouen. La ville excelle dans des sports qui ne sont pourtant pas majeurs dans l'Hexagone, mais bien connus de l'autre côté de l'Atlantique. Le hockey sur glace, sport canadien par excellence, est ainsi le sport numéro 1 à Rouen (lire par ailleurs). Un exemple qui a peut-être ouvert la voie à d'autres sports américains à Rouen.
Le baseball notamment atteint des sommets avec, pour les Huskies, un 17e titre de champions de France acquis le week-end dernier. L'équipe est encore pourtant jeune, avec une création en 1986. Pierre-Yves Rolland, l'actuel président était déjà de la partie. "À l'époque, il y avait le film Le Meilleur avec Robert Redford sur le baseball, et Canal + diffusait quelques matchs", se souvient-il. Le club s'est créé comme ça, entre quelques étudiants de Mont-Saint-Aignan qui lançaient la balle sur l'Ile Lacroix. Et c'est justement sur l'Ile Lacroix, le quartier de la patinoire, que des joueurs de hockey canadiens ont repéré la petite équipe en gestation. "Jean-René Tapia nous a aidés à nous structurer. Il avait joué aussi au baseball au Québec et était très bon." Marc-André Tapia a aussi intégré l'équipe. À cette époque, la Ville de Rouen confie un espace à Saint-Exupéry pour que ces amateurs puissent s'adonner à leur passion. "Il n'y avait rien et on a tout construit, il fallait amener l'électricité, l'eau… " Et puis, grâce aux hockeyeurs, "on a eu cet apport de joueurs dont c'était la culture". Un missionnaire mormon américain passionné de baseball, Daryl Lee, a fini de mettre le club des Huskies sur la bonne voie, comme joueur et entraîneur. Le club s'est structuré et les succès ont suivi, avec un premier titre de champion de France en 2003. Pierre-Yves Rolland le concède aujourd'hui, le succès du hockey a aidé à la visibilité du baseball. "On s'est dit, si le hockey fonctionne, pourquoi pas le baseball ? Et aujourd'hui, pourquoi pas le football américain ?"
Le hockey a ouvert la voie
C'est justement aussi à la fin des années 80 que le football américain a fait ses débuts à Rouen avec les Iroquois avant, en 1996, la création des Léopards. Un club qui compte désormais plus de 300 licenciés et qui évolue en deuxième division, après avoir manqué de peu l'accession à l'élite l'an passé. Pour Édouard Boivin, le manager général du club, là non plus, pas de doute : "Le fait que le hockey soit bien intégré a ouvert la voie", auprès du public comme des collectivités. Lui avance aussi le lien particulier entre la Normandie et les États-Unis dans l'Histoire. "Le fait que le foot ne soit pas un succès énorme, ça aide aussi", estime-t-il, aucun club de l'agglomération n'évoluant au plus haut niveau. Il sait malgré tout que le football américain n'est pas encore totalement dans la culture française. "Les jeunes joueurs s'adaptent vite, pour les séniors, c'est plus long. Les règles sont en plus très complexes." Comme pour les Huskies en baseball, les membres du club tâchent de faire preuve de pédagogie avec leur public. Ils espèrent bientôt pouvoir l'accueillir dans de meilleures conditions les jours de match autour de leur terrain de la Petite Bouverie, sur les hauts de Rouen.
Ville et Métropole au chevet des clubs
La Ville de Rouen et la Métropole Rouen Normandie subventionnent les clubs de l'agglomération et soutiennent, entre autres, les clubs américains.
C'est le nerf de la guerre. Chez les pros comme les amateurs. Les pouvoirs publics ont la possibilité d'attribuer des subventions cruciales pour le fonctionnement des clubs. "On est brillants dans notre territoire sur des sports considérés comme mineurs à l'échelon national mais qui restent majeurs à l'échelon local", note David Lamiray, vice-président de la Métropole Rouen Normandie (MRN) en charge notamment des sports.
Dans sa politique sportive, 55 équipes qui évoluent au niveau national sont soutenues par la MRN. En plus de ces équipes, sept disciplines ont été décrétées d'intérêt métropolitain. "Dans ces disciplines, on soutient l'équipe féminine au plus haut niveau dans la métropole et l'équipe masculine qui joue au plus haut niveau dans la métropole." Le hockey sur glace, notamment, bénéficie d'une subvention de 215 000 euros de la MRN.
"On a une attention particulière
pour ces sports"
La Ville de Rouen a aussi un rôle à jouer sur ces subventions. "Les sports US, comme le hockey et le baseball, nous font rayonner. On a donc une attention particulière pour ces sports", détaille Sarah Vauzelle, adjointe au maire en charge des sports, "aussi parce qu'ils apportent une offre unique sur le territoire". C'est pour cette raison que le foot US a été privilégié pour l'attribution du terrain de la Petite Bouverie. Pour le baseball, la subvention de la Ville s'élève à 45 000 euros. Pour le football américain, un tiers du budget des Léopards est apporté par les subventions publiques à hauteur de 50 000 euros chaque année.
Le hockey sur glace, sport numéro 1 à Rouen
Le succès du RHE, au plus haut niveau français, a pu ouvrir la voie à d'autres sports habituellement populaires, surtout en Amérique du Nord.
S'il est un sport nord-américain particulièrement populaire à Rouen, c'est bien le hockey sur glace. Une patinoire pleine à craquer avec 3 000 spectateurs à chaque match, des rencontres qui se jouent parfois à guichets fermés, une popularité et un capital sympathie au sommet… Ce sport, canadien à l'origine, peu populaire en France, a su faire son trou dans la capitale normande qui a désormais sa place sur la carte du hockey européen, voire mondial. De quoi inspirer d'autres disciplines américaines de la Ville aux cent clochers.
"Ce sont toujours
des histoires humaines"
Le succès s'est construit petit à petit. "Ce sont toujours des histoires humaines", raconte Guy Fournier, Franco-Canadien, légende du club, arrivé en 1988 comme joueur avant de devenir entraîneur puis manager général depuis 2006. Et de raconter l'histoire de deux copains qui ont ramené à Rouen, après des vacances à la montagne, quelques crosses et palets dans les années 60. "À l'époque, il n'y avait même pas de patinoire mais une petite glace à l'entrée de l'Ile", raconte-t-il. À force de détermination, ils ont convaincu la Ville, qui construisait une patinoire, d'y intégrer une balustrade pour pouvoir jouer au hockey. Le premier club naissait dans le début des années 70. Il s'est petit à petit professionnalisé, jusqu'à l'arrivée de Thierry Chaix, dans le milieu des années 90. "Il en a fait une entreprise", décrit l'actuel manager.
Un club impliqué dans la cité
Voilà pour la structuration du club. C'est aussi bien sûr les résultats et le palmarès incroyable du Rouen hockey élite (RHE) qui l'ont rendu populaire (lire par ailleurs). Et pour porter cette culture de la gagne, des joueurs hors norme, chouchous du public, comme le Québécois Marc-André Thinel, devenu depuis assistant manager des Dragons. Sept coupes Magnus et des statistiques affolantes, le joueur qui vient du pays du hockey s'est très vite adapté, même si le niveau n'était pas le même… "J'ai été hyper bien accueilli. En Normandie, il y a un amour, ou au moins un respect envers le Canada et les USA. Les gens sont reconnaissants par rapport à la guerre. Ça a pu aider." Et à force de succès sportifs, le bouche-à-oreille s'est bien développé autour du RHE, ce qui facilite aujourd'hui le recrutement de joueurs canadiens ou issus d'autres championnats étrangers performants, comme la Finlande ou la République tchèque. "Ici, on gagne, c'est pour ça que les étrangers veulent venir", décrit Marc-André Thinel. Au-delà des résultats et de l'ambiance de feu dans la patinoire, Guy Fournier met en avant l'implication du club dans la communauté rouennaise, qui participe à sa popularité. "On a véhiculé l'image de notre Dragon, qui est un compétiteur mais qui est aussi humain." Exemple avec l'association Les Dragons vous ramènent, qui se charge de reconduire les fêtards qui auraient bu un verre de trop. Les Dragons sensibilisent aussi au tri des déchets, participent aux clean walks, interviennent dans les écoles ou auprès des jeunes des quartiers.
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