Sa grande maison avec vue sur jardin et le van baroudeur familial stationné à ses pieds la changent de décor : il est loin le temps où Mélanie Dornier se réveillait sous le soleil du continent asiatique qu'elle habita pendant plus de neuf ans, notamment en Inde et en Chine Elle y a bourlingué, appareil photo en bandoulière, a raconté en images l'émancipation des femmes indiennes…
Tout cela, c'était avant. Et la voilà désormais installée à Flers, les deux pieds sur terre dans cette grande maison qu'elle a dénichée en plein cœur de ville. Le père de ses deux jeunes enfants, Liya, 10 ans, et Eline, 7 ans, travaille dans l'industrie automobile, et c'est à la faveur d'une mutation professionnelle que la famille a débarqué dans le département. Un vrai coup de cœur, en même temps qu'un challenge et une nouvelle vie : "Honnêtement, je ne nous imaginais rester ici que quelques mois. Et voilà quatre ans que nous y sommes, et que nous y sommes bien."
C'est un monde qu'elle a découvert et qu'elle photographie, avec passion, gourmandise et créativité : Mélanie Dornier, qui se présente comme photographe et "auteure" - elle insiste sur la dénomination -, ne se contente pas ainsi de poser des plans fixes sur ce qu'elle voit. Elle va à la rencontre de celles qu'elle croise et dont elle raconte des tranches de vie… comme dans un roman-photo dont les pages seraient le reflet d'une France parfois oubliée et souvent très touchante.
Avec le "papy châtelain"
et les danseurs du bal musette
Dans son tableau de chasse photographique, Mélanie, originaire de Besançon (Doubs) et diplômée d'un Master des Sciences de l'éducation, a fait la connaissance improbable de "Papy Richard", connu comme le loup blanc pour avoir un temps voulu créer à Condé-sur-Noireau un musée de la Seconde Guerre mondiale. Collectionneur, brocanteur, figure de l'Urbex, cette mode qui consiste à dénicher et à visiter des lieux inhabités et délaissés, Richard Duvalleroy, néo-chatelain star des réseaux sociaux et devenu propriétaire d'un manoir dans la région de Segré-Fontaine, a accepté la présence de Mélanie à ses côtés. "Comme si je partais avec lui en voyage. J'ai découvert en lui un personnage fascinant." Elle en fait un reportage documentaire étonnant publié dans le magazine Grand Format. Son travail sur ce "papy gardien" de château a été aussi exposé cet été, au Festival de photos de Saint-James, dans la Manche.
D'autres photos, d'autres voyages et toujours beaucoup d'émotion derrière l'objectif de son boîtier Canon, comme cette plongée en immersion dans le monde codifié de la guinguette de Pont d'Ouilly. Mélanie s'est glissée au milieu des danseurs du bal musette dominical, ses photos racontent ce rendez-vous immuable et un brin désuet. Il y a aussi dans sa besace les petits paniers du marché de Flers, elle les a découverts en allant faire ses emplettes, a suivi un couple de fermiers dont elle raconte l'histoire. C'est touchant, authentique, un monde à part.
Aujourd'hui, Mélanie s'est lancée dans une autre façon de raconter le monde autour d'elle. Elle utilise pour cela un vieux procédé, celui-là argentique, le cyanotype, vieux de plus de 150 ans, et s'en est servi pour photographier une série d'images au milieu des bois.
Photographie rime avec Mélanie : c'est son objectif de vie.
L'album d'une vie
Une petite sélection de ses travaux : Mélanie Dornier et l'album photos de sa vie ornaise.
La boxe pour s'émanciper
Les photos militantes
Elle en fait un livret publié en 2018 : raconter le quotidien des femmes indiennes en suivant au plus près quelques-unes d'entre elles, et notamment des boxeuses. Un travail militant sur l'émancipation des femmes dans cette partie du monde. "L'univers de la boxe féminine en Inde porte en lui le combat des femmes indiennes pour l'égalité des sexes", explique Mélanie Dornier, qui a suivi le parcours de Meena, une championne devenue policière. Illustration d'un "rêve d'une vie meilleure pour des milliers de jeunes filles indiennes".
Mémoires sensibles
Souvenirs, souvenirs…
C'est un travail autour de la mémoire qu'a entrepris Mélanie Dornier, à la demande du Groupement hospitalier de territoire et de l'association 2 angles. L'Ornaise est allée dans les Ehpad de Flers, La Ferté-Macé et Vire pour y rencontrer les résidents, recueillir leurs souvenirs et les photographier. Un livret raconte cette quête mémorielle. Au total, sur les six Ehpad visités, 43 résidents, dont 32 femmes, ont accepté de se confier à Mélanie.
Hors cadre
La vie de château
"Rentrer dans l'univers de Richard, c'est entrer dans un cadre hors temps, où le passé reprend vie, plonger dans une France rurale et oubliée où les réalités économiques et les valeurs sont autres." Voilà résumé à gros traits le travail photographique sur Richard, le "papy gardien" autrefois du château de Sainte-Honorine-la-Chardonne. Collectionneur, brocanteur, Richard Duvalleroy, qui avait projeté de créer à Condé-sur-Noireau un musée de la Seconde Guerre mondiale, vit aujourd'hui dans un château délaissé et dont il est devenu propriétaire.
Algues à l'âme
Empreintes et portraits
Mélanie est l'auteure de nombreux documentaires dont plusieurs ont fait l'objet d'expositions. En résidence dans la Manche l'an passé, elle a photographié les Paysans de la mer de la côte ouest du Cotentin. En parallèle de son reportage, elle a figé sur papier photosensible des empreintes d'algues, les associant à ses clichés. Autre travail original : une série de portraits de cinq femmes détenues de la maison d'arrêt de Caen, réalisée avec une technique photographique ancienne.
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