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[Enquête] Caen. Urgences à l'hôpital : quelle organisation pour cet été ?

Santé. La période estivale est toujours cruciale pour les hôpitaux. Comment les services d'urgence caennais se sont-ils organisés ? Témoignages de soignants.

[Enquête] Caen. Urgences à l'hôpital : quelle organisation pour cet été ?
Comment les services d'urgence caennais s'organisent-ils pour la période estivale ? Enquête.

"Récemment, on avait 35 patients pour 20 places sur la nuit. On a gardé un patient pendant trois jours sur un brancard. On improvise, on joue aux chaises musicales", raconte Claire Desault, 32 ans, infirmière de nuit aux urgences du CHU depuis janvier 2020. Le personnel soignant n'en peut plus. Comme un peu partout en France, il réclame plus de moyens matériels et humains. Selon nos informations, cinq soignants sont partis du service d'urgence du CHU entre 2021 et 2022. C'est le cas de Julie Doucet. Après un burn-out et un "ras-le-bol du système", elle a opté pour un compromis entre des contrats de quelques mois dans les DROM-COM et des gardes de remplacement dans plusieurs établissements de la région (30 % de son activité). "Une bouffée d'oxygène", selon elle, mais aussi un confort de vie pour la période estivale. "Je choisis les journées où je veux être 'off' et les conditions de travail dans lesquelles je vais exercer", explique celle qui s'accorde trois semaines de vacances entre le 1er juillet et le 31 août. "Je ne travaille pas moins, mais je travaille différemment."

"Le système tient sur la bonne volonté des soignants"

Charlotte Morin, médecin libérale qui cumule deux postes à la Polyclinique du Parc et dans un hôpital manchois, bénéficie elle aussi d'une situation plutôt confortable sur l'été. "Ça m'arrange de ne pas partir en vacances en période scolaire, dit celle qui a déjà onze gardes de 12 heures sur son planning du mois de juillet. C'est d'ailleurs l'été que je fais le plus d'heures. C'est un arrangement entre nous." Justement, son collègue, Justin Charcot voit cette organisation comme une chance. Il travaille lui aussi dans deux établissements : à la Polyclinique du Parc à Caen et à Bayeux. "J'ai pris trois semaines de vacances fin août. On fait notre planning tous ensemble, de façon organisée", explique le professionnel de santé de 36 ans.

Au niveau du CHU, les problématiques ne sont pas les mêmes. Être salarié ou libéral n'a rien à voir. Pour Claire Desault, arrivée en 2011 au CHU, la situation se tend. "Avant d'être aux urgences, j'ai toujours réussi à poser mes congés. Depuis que j'y suis, j'ai plus de 260 heures à prendre que je n'arriverai pas à récupérer d'ici la fin de l'année." Pour l'été, l'organisation de ses vacances relève d'une véritable stratégie. "Quand on pose deux semaines, ça passe toujours, alors que quand c'est trois, c'est plus difficile à mettre sur le planning", admet celle qui a déjà fait une semaine à 60 heures en avril dernier. Elle a prévu de partir au mois d'août. "Les trois quarts du temps, les plannings se gèrent entre nous, explique Julie Doucet. Le système tient sur la bonne volonté des soignants." Il n'est pas rare qu'en cas d'absence de dernière minute, un(e) infirmier(e) ou un médecin vienne combler le trou durant son temps de repos. Un constat que partage José Monteiro, secrétaire du syndicat FO du CHU. "Les médecins s'arrangent entre eux. Ils s'organisent et font des concessions." Jusqu'au jour où tous, professions paramédicales et médecins vont craquer, pour de bon…

Des services organisés mais à flux tendu

Caen. Des services organisés mais à flux tendu
Pour harmoniser l'activité pendant les vacances d'été, les services d'urgence comptent sur des pools de médecins remplaçants.

Le CHU, la Clinique Saint-Martin, la Polyclinique du Parc ainsi que la Clinique de la Miséricorde ont un service d'urgence. Comment vont-ils fonctionner cet été ? Enquête.

Bordeaux, Grenoble, Orléans… Tous sont au bord de la rupture avant même le début des vacances scolaires. Ces gros services d'urgence ne peuvent plus suivre quand, au même moment, le gouvernement retient bien toutes les propositions "mission flash" sur les urgences, préconisant 41 mesures pour désengorger les hôpitaux cet été. À Caen, les services d'urgence des quatre établissements de santé s'organisent. "On a anticipé les besoins dès le mois de janvier", assure la Clinique Saint-Martin, qui compte quarante professionnels paramédicaux et huit médecins urgentistes dans le service. À la Clinique de la Miséricorde, située aux Fossés Saint-Julien, il faut aussi anticiper l'étalement des congés pour assurer un service minimum en juillet et en août, composé de trois infirmiers et deux médecins sur chaque garde. La direction de la clinique du centre-ville admet tout de même avoir eu "plus de difficultés que les autres années à accorder les congés. On a toujours eu du mal à trouver du personnel pour août, c'est le mois le plus demandé pour les vacances". Pour tenter de faire face au manque de personnel, la clinique bénéficie d'un "petit vivier" de remplaçants en intérim, tout comme à la Clinique Saint-Martin, qui compte sept médecins supplémentaires dans ce pool sur la période estivale. "C'est une construction très fragile. On n'est jamais à l'abri d'une fermeture de dernière minute", admet Denis Pinchaud, le directeur.

"On n'est pas à l'abri d'arrêts
que l'on aura du mal à remplacer"

Même son de cloche pour la Miséricorde. "On n'est pas à l'abri d'arrêts que l'on aura du mal à remplacer cet été." De son côté, la Polyclinique du Parc compte sur un portefeuille d'une vingtaine de médecins remplaçants qui, pour la plupart, assurent des gardes dans plusieurs hôpitaux caennais. "C'est ce qui nous permet de remplir le planning pour l'été, assure la direction. Ils sont prévus trois mois à l'avance, mais dans le cas d'un arrêt ou d'une alerte rouge, on peut les appeler du jour au lendemain." Ces médecins urgentistes exercent en libéral. "La tension est surtout sur les médecins urgentistes. On cherche des solutions depuis six mois", ajoute Samuel Kowalczyk, directeur de l'établissement. Pas question pour lui - comme dans les trois autres établissements de santé à Caen d'ailleurs - d'imposer une période ou une durée de vacances aux soignants du quotidien, "parce qu'ils en ont bien besoin". Au CHU par exemple, la direction précise : "À quelques exceptions près, les agents hospitaliers ont pu obtenir trois semaines de congés sur les périodes demandées." Selon le syndicat FO, seuls 4 % des soignants de l'ensemble de l'hôpital ont vu leurs souhaits de vacances refusés. "Le problème, c'est qu'en cas d'afflux massif, ça va devenir compliqué, explique José Monteiro, secrétaire du syndicat FO. Par exemple, au SAMU, on reçoit 150 appels par soirée. Nous ne sommes pas dimensionnés pour cela." 

Face à l'afflux de touristes qui se prépare à Caen et aux alentours, les quatre établissements caennais espèrent aussi qu'aucun service d'urgence voisin ne va fermer. Sinon, ça risque de bouchonner…

Les chiffres sur les urgences caennaises

Caen. Les chiffres sur les urgences caennaises
170 patients par jour viennent aux urgences du CHU en moyenne.

Quatre établissements de santé caennais ont un service d'urgence qui sera ouvert cet été. Focus sur leur activité en quelques chiffres.

CHU

En moyenne, le CHU a accueilli 170 patients par jour aux urgences en 2021. En 2019, période d'avant Covid-19, la moyenne était de 155 patients par jour.

Au mois de juin dernier, un pic de fréquentation a été enregistré à 227 passages dans la journée.

Polyclinique du Parc

Dans son service d'urgences de jour, la Polyclinique du Parc compte en moyenne 22 000 passages par an. En 2019, 23 000 personnes avaient été prises en charge contre 19 000 en 2021. Par jour, cela représente 60 à 80 patients, avec toujours un pic sur la journée du lundi qui oblige le renfort d'un médecin urgentiste supplémentaire.

Dans l'unité d'hospitalisation de longue durée, la clinique compte six places à l'année.

Clinique Saint-Martin

À l'été 2021, comme le reste de l'année, le temps d'attente aux urgences de la Clinique Saint-Martin est d'environ deux heures.

Au quotidien, le service fonctionne avec six box auxquels s'ajoutent cinq places assises.

Clinique de la Miséricorde

À la Clinique de la Miséricorde, qui n'assure plus d'accueil aux urgences la nuit, environ 40 personnes par jour sont prises en charge de 8 h 30 à 20 heures, du lundi au dimanche.
Cela représente un peu moins de 300 patients par semaine en moyenne.

La fac de médecine peut-elle apporter un coup de pouce ?

Caen. La fac de médecine peut-elle apporter un coup de pouce ?
"Aujourd'hui, venir travailler dans les grands hôpitaux fait peur", selon José Monteiro, secrétaire du syndicat FO du CHU.

Pour faire face au manque de personnel, les hôpitaux peuvent compter uniquement sur les candidatures spontanées et les stages des étudiants. Faire un recrutement auprès de la faculté de médecine est interdit.

Pool de remplacement, job dating, intérim, prime de nuit, annonces sur les réseaux sociaux… Tous les moyens sont bons pour tenter d'attirer du personnel à l'hôpital. À la Polyclinique du Parc par exemple, plusieurs séances de job dating sont organisées régulièrement depuis 2021 pour l'ensemble de l'hôpital. "C'est intéressant car ça permet aux candidats de visiter les locaux, d'échanger avec des professionnels sur le terrain, de montrer ce qu'est un service d'urgence par exemple. On sera amené à en refaire", explique Samuel Kowalczyk, directeur de l'établissement, qui a vu 65 participants au dernier job dating. Au CHU, le manque de médecins urgentistes est estimé à plus de sept personnes selon les syndicats. Les hôpitaux peuvent-ils faire appel aux étudiants de la faculté de médecine ? La structure de formation est assez claire. "Non, on n'est pas Pôle emploi. On refuse toute proposition d'emploi, que ça soit public ou privé."

Candidature spontanée

Les hôpitaux peuvent compter sur les candidatures spontanées des jeunes de deuxième et troisième année par exemple. De la quatrième à la sixième année, ils ont aussi des stages obligatoires sur l'été qu'ils peuvent effectuer aux urgences s'ils le souhaitent. Pour les syndicats, le problème est bien plus profond. "Aujourd'hui, venir travailler dans les grands hôpitaux fait peur", évoque José Monteiro, secrétaire du syndicat FO du CHU.

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