L'album photos est posé sur la table de bois massif dans la jolie maison posée au bout d'une voie sans issue. C'est tout près de Vire, au milieu de nulle part. Les premières pages sont emplies de photos de naissance du petit Kelyo.
Il y a aussi, collé sur l'un des feuillets du livret, un petit pansement, c'est celui qui avait été posé à l'enfant quelques mois après sa naissance quand il dut être hospitalisé. Les autres pages de l'album sont vides. À la rubrique " Quand je serai grand", il n'y a rien, pas une photo, pas un souvenir. Rien. Cet album, c'est l'épilogue d'une histoire d'amour qui finit mal et dont un enfant haut comme trois pommes fait les frais.
Karina Puisney, 44 ans, ambulancière, après avoir été chauffeur routier, est sans nouvelles du fils qu'elle a élevé jusqu'à l'âge d'un an et demi avec celle qui fut son épouse. Mariées en juin 2015, les deux femmes, Karina et Sophie, alors installées à Falaise voulaient un enfant que Sophie, la trentaine aujourd'hui, a porté issu d'une insémination artificielle pratiquée en Belgique. Kelyo est né le 28 juillet 2015. L'acte de "consentement éclairé" au titre de la procréation "donneuse-couple" a été établi au nom des deux parents, Sophie et Karina.
Un signalement au 119,
elle le croit en danger !
En octobre 2017, les deux femmes se séparent et c'est la dernière fois que Karina a vu l'enfant. "Sophie m'a dit en partant, cet enfant tu ne le reverras plus jamais." Le juge aux affaires familiales du tribunal de grande instance de Caen est alors saisi. La demande de Karina qui sollicite un droit de visite est dans un premier temps refusée. La cour d'appel de Caen donne finalement raison à l'ambulancière. Dans un arrêt rendu le 10 septembre 2020, elle l'autorise à un droit de visite et d'hébergement certains week-ends. Elle est considérée officiellement comme la "seconde mère" de l'enfant, notamment puisqu'elle s'est toujours occupée de lui "du temps de sa vie commune avec Sophie".
Ce jugement est pourtant resté sans effet, l'ex-épouse de Karina refuse tout contact et a quitté la Normandie sans laisser d'adresse.
Sur sa trace dans
les Pyrénées Atlantiques…
Depuis, Karina qui a refait sa vie avec Sandrine, se bat bec et ongles pour retrouver son fils et pouvoir enfin le serrer à nouveau dans ses bras. "C'est un enfant que j'aime, je l'ai élevé. J'ai besoin de le voir. J'ai besoin aussi de savoir s'il va bien et s'il est bien traité et bien éduqué." En disant cela, Karina a des doutes, elle a eu recours au 119, le service national d'accueil téléphonique de l'enfance en danger.
Après de multiples recherches et de nombreux dépôts de plaintes "pour non-représentation d'enfant", Karina pu enfin retrouver la trace de Kelyo. Il vit dans le Sud-Ouest, est scolarisé dans une école communale des Pyrénées-Atlantiques, au sud-ouest de Pau. Elle a fait récemment le déplacement là-bas pour pouvoir le voir, mais peine perdue : son ex-épouse a refusé de lui présenter l'enfant.
Si Karina souhaite aujourd'hui témoigner, c'est aussi et surtout pour faire bouger les choses. "Le jugement m'autorisant à le voir et à l'héberger a été rendu en septembre 2020 et pour l'instant, rien ne se passe. La justice est mal faite : mes droits sont bafoués."
Au cœur du conflit familial et de la bataille judiciaire, se profile le parcours chaotique d'un petit bout de chou qui grandit sans voir l'un de ses deux parents. Il est devenu bien malgré lui un enjeu de la dispute des grands. "Un jour, on m'a dit : faites le deuil de votre enfant. Comment pourrais-je faire le deuil d'un être vivant ? Comment ? Chaque jour, je pense à lui, chaque jour je m'interroge pour savoir s'il va bien."
L'album photos est sur la table, elle aimerait pouvoir continuer à le remplir de photos de Kelyo. Depuis bientôt cinq ans, les pages restent vides.
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