En janvier, l'Opéra de Rouen mettait à l'honneur le Don Juan de Gluck, sous la direction musicale d'Alessandro de Marchi. Il cède sa place, en février, à une autre œuvre emblématique de Gluck : Iphigénie en Tauride. Avec cinq ans d'écart, le compositeur Christoph Willibald Gluck a livré deux versions très différentes de ce mythe antique. Dans Iphigénie en Aulide il évoque le sacrifice de l'héroïne, fidèle au mythe, alors que dans Iphigénie en Tauride, il imagine une héroïne qui doit envisager de sacrifier aux dieux son propre frère.
C'est cette deuxième version, dans une mise en scène de Robert Carsen et sous la direction musicale de Christopher Rousset, que s'apprêtent à découvrir les spectateurs rouennais. "Chez Gluck, le texte est essentiel, se réjouit le metteur en scène, Christophe Gayral, qui a fait ses premiers pas au théâtre. Et son style est novateur : la musique n'est pas seulement composée pour que l'artiste brille, mais c'est désormais le chanteur qui se met au service de l'œuvre. Sa musique sert magnifiquement la tragédie grecque."
Une mise en scène percutante
Robert Carsen, avec qui Christophe Gayral collabore depuis 20 ans, privilégie toujours la sobriété. Le décor est abstrait, les costumes simples, contemporains et sans fioriture. "Robert ne voulait surtout pas revenir à la tradition des tragédies grecques jouées en toge avec un décor de temple antique, expose Christophe Gayral. Son choix est plus radical : il nous projette dans un espace mental où se vit ce drame psychologique. Le spectateur vit une expérience immersive et se met dans la tête de l'héroïne, notamment grâce à la présence rémanente des chœurs qui accompagnent les états d'âme d'Iphigénie. Ils ne sont pas sur le plateau, mais leur présence est incarnée sur scène par des danseurs." Cette extrême sobriété permet de faire entendre très intensément le texte. Grâce à cette proposition épurée, le spectateur se concentre davantage sur le texte parlé et chanté, et la musique. L'immersion est plus radicale. "Tout part toujours du texte pour Carsen. La dramaturgie et l'esthétique qu'il choisit ouvrent cependant le champ des interprétations, son analyse de l'œuvre est volontairement très ouverte."
Décoder un chef-d'œuvre
Cette œuvre fait partie du répertoire classique. "Les nombreuses œuvres inspirées par la tragédie des Atrides sont régulièrement montées à la Comédie française, dans les centres dramatiques nationaux et dans les maisons d'opéra. C'est important de faire connaître Gluck aux jeunes générations, au même titre que Shakespeare et Molière." Mais pour Christophe Gayral, il ne faut surtout pas brader la culture : "Il ne faut en aucun cas réduire l'œuvre, mais au contraire conserver une haute exigence esthétique et qualitative. Ce qui importe c'est de donner au public les clefs pour comprendre ce chef-d'œuvre."
Pratique. Actions culturelles dès le lundi 21 février puis représentations du 25 février au 1er mars au Théâtre des arts à Rouen. De 5 à 68 €. operaderouen.fr
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