Hun Sen, dont le pays assure la présidence tournante de l'Asean (Association des nations d'Asie du Sud-Est), a atterri à Naypyidaw, la capitale, avec trois millions de masques chirurgicaux et du matériel médical.
Il a notamment rencontré le chef de la junte, le général Min Aung Hlaing, avec lequel il a discuté des efforts de paix et des projets futurs de la junte, ainsi que du rôle de l'envoyé spécial de l'Asean, selon un communiqué du gouvernement birman.
Avant son voyage, Hun Sen avait indiqué qu'il insisterait sur le "consensus en cinq points" supposé conduire à la restauration du dialogue, sur lequel l'Asean s'était mise d'accord l'an dernier, accepté par la junte mais peu suivi d'effets.
Hun Sen a prévu de rester deux jours pour tenter d'"apaiser les tensions" alors que le chaos règne dans le pays depuis le coup d'État du 1er février 2021 qui a renversé Aung San Suu Kyi et mis fin à une fragile parenthèse démocratique de 10 ans.
Plus de 1.400 civils ont été tués par les forces de sécurité depuis le putsch, selon une ONG locale, l'Association d'assistance aux prisonniers politiques (AAPP), et de nombreuses milices anti-junte ont vu le jour à travers le pays.
Il y a "tous les ingrédients d'une guerre civile", a prévenu Prak Sokhonn, le chef de la diplomatie cambodgienne, également du voyage en Birmanie.
"Un camouflet" pour l'Asean
La visite de Hun Sen, qui règne d'une main de fer sur le Cambodge depuis près de 37 ans, a engendré des manifestations en Birmanie et suscité de vives réactions, beaucoup craignant qu'elle ne légitime la junte.
Cela n'apportera "aucun bénéfice" au peuple birman, "indigné" par ce geste en faveur des militaires, a réagi dans un communiqué le CRPH, un groupe de résistance composé d'ex-députés déchus du parti d'Aung San Suu Kyi.
Cette visite est "un camouflet pour les huit autres États membres de l'Asean qui n'ont pas eu leur mot à dire dans cette affaire", a de son côté estimé Phil Robertson de Human Rights Watch.
Hun Sen a assuré qu'il était prêt à prolonger son voyage si besoin était. Mercredi, il a appelé à un cessez-le-feu, déclarant que "toutes les parties concernées doivent arrêter la violence".
Plusieurs puissances occidentales, États-Unis, Union européenne et Royaume-Uni en tête, ont vainement tenté de faire pression sur les généraux birmans à de multiples reprises depuis le putsch, en imposant des sanctions.
De même, après l'adoption par l'Asean du "consensus en cinq points", très peu de progrès ont été accomplis. Une visite de l'émissaire de l'Asean a même été repoussée après que le régime eut refusé de le laisser rencontrer Aung San Suu Kyi, coupée du monde depuis près d'un an.
En retour, le bloc a exclu le chef de la junte d'un sommet en octobre dernier, un geste rare pour l'organisation souvent critiquée pour son immobilisme.
Les atrocités se poursuivent dans le pays. À la veille de Noël, plus de 30 civils ont été tués, leurs corps brûlés, dans un massacre imputé aux forces de sécurité.
Près de 8.500 personnes, arrêtées depuis le coup d'Etat, sont toujours en détention, selon l'AAPP. 39 civils dont deux mineurs ont été condamnés à mort.
La junte a justifié le coup d'État en invoquant des fraudes massives lors des élections remportées par le parti d'Aung San Suu Kyi en 2020.
Assignée à résidence, l'ancienne dirigeante civile, âgée de 76 ans, fait actuellement face à de nombreuses accusations lors d'un procès fleuve. Elle risque des dizaines d'années de détention si elle est reconnue coupable.
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