"Je veux vivre comme tout le monde, même avec mon handicap", confie David Bizet. Originaire d'Argentan, il s'est lancé, il y a deux mois, le défi fou de monter à la force des bras au sommet du mont Ventoux, situé dans le département du Vaucluse, en région Provence-Alpes-Côte d'Azur. "L'envie de liberté me pousse à gravir ces 1 912 mètres", affirme celui qui vient de fêter ses 52 ans.
Se hisser sur un des sommets les plus mythiques du Tour de France, ça ne s'improvise pas. David s'est donné un mois de préparation physique. Il s'est entraîné quotidiennement depuis le 4 septembre pour gravir le mont le jeudi 30 septembre et le vendredi 1er octobre.
Entraînement intensif
Une mise en forme jugée "insuffisante" par Éric Garnier, son ami et accompagnateur lors de ses courses de vélo. Mais David veut y croire : "Je connais mon corps et mes capacités." Le quinquagénaire s'est donc infligé des séances de training intensives. "Je faisais parfois une soixantaine de kilomètres par jour pour être prêt !", explique-t-il à Éric et à Yal Hamelin, un autre copain d'enfance. Eux aussi ont répondu présents pour relever le défi. À la fin de ses entraînements, David avoue même se sentir "planer" tellement il est heureux de s'investir autant dans le sport. Une situation que connaît bien son ami Yal, qui a parcouru plus de 4 000 km à vélo ces huit derniers mois. "Plus nous nous entraînons, plus nous sécrétons de l'endorphine." Les trois compères qui s'étaient perdus de vue depuis plusieurs décennies insistent sur l'entraide lors de ce périple. Le vendredi, David monte le sommet seul sur son hand-bike, mais il peut tout de même compter sur ses amis pour le ravitaillement. "On y fait attention comme notre bébé !", plaisante Yal. Ses deux accompagnants s'occupent de David après être montés en haut du sommet, le jeudi.
"Sans le sport, je serais triste"
"Le sport, c'est ma philosophie de vie", confie David. Dès son plus jeune âge, il n'a cessé de pratiquer une activité sportive. À seulement cinq ans, le jeune garçon s'est inscrit dans un club de football. C'est là qu'il fait la rencontre de Yal et Éric. Quelques années plus tard, tout juste majeur et alors qu'il commence à travailler dans le monde de la gastronomie, il est victime d'un accident de la route. Deux de ses amis sont décédés sur le coup. Quant à David, il a passé dix jours dans le coma. À son réveil, il a pris conscience qu'il avait perdu l'usage de ses jambes. Cet instant a marqué le début d'une "nouvelle vie". Il a alors entamé des séances de rééducation avant de pouvoir monter sur un hand-bike, ces vélos à trois roues sur lesquels il faut utiliser la force des bras pour avancer. Une fois installé, "cette sensation de liberté, c'est l'éclate", glisse-t-il.
"Maintenant ou jamais !"
Les trois amis ont tous la cinquantaine, un âge où le temps se sacralise davantage. "Nous avons certes un demi-siècle, mais dans notre tête, nous avons encore 30 ans. C'est maintenant ou jamais !", explique Yal. Après, il sera peut-être trop tard. Du côté de David : "Je ne sais pas combien de temps il me reste sur Terre, alors l'instant présent compte." Éric préfère prendre du recul, "c'est avant tout du plaisir, nous allons à notre allure. Ça ne sert à rien de se mettre la pression". Et si on lui parle d'avenir, à l'heure actuelle, David ne sait pas s'il repartira gravir des montagnes. "Je ne préfère pas griller les étapes, je verrai bien."
Ensemble, on va plus loin
Trois Ornais se lancent le défi de gravir le mont Ventoux.
Les copains d'abord !
À l'initiative du projet,
Yal devait partir seul
Ce défi est avant tout une aventure entre amis. David et Yal s'étaient perdus de vue alors qu'ils étaient encore de jeunes adultes. Par hasard, Yal a retrouvé David dans un magasin de vélo à l'été 2021, deux mois avant qu'il ne parte gravir le mont Ventoux. "Je devais y aller avec Seb, un autre ami à moi. Il s'est malheureusement désisté. Alors, proposer ce défi à David m'a semblé être une bonne idée, surtout après 30 ans de séparation ! C'est comme un retour à l'enfance."
Monter oui, descendre non
Difficile de gravir le mont,
dangereux de le redescendre
Descendre un tel col à pleine vitesse sur son vélo n'est pas sans danger, surtout après avoir grimpé près de 2 000 mètres. La vitesse, les voitures et les virages rendent la tâche d'autant plus délicate pour David, qui sera en hand-bike. "Ça ne sert à rien que je descende si c'est pour freiner sans cesse… et puis, les freins seraient morts à la fin", explique le sportif de 52 ans.
Compétiteur
Yal, un mental
en métal
"Je suis un compétiteur !" Dans les années 1980-1990, Yal a excellé dans la course à pied. Il a remporté plusieurs cross internationaux en catégories cadets et juniors a obtenu le titre de champion de l'Orne et de Normandie et la 6e place au championnat de France d'athlétisme organisé par la Fédération française d'athlétisme (FFA). "Ce défi, c'est prouver que l'on est encore en pleine forme à cinquante ans !", explique-t-il. Il est vrai qu'il n'est plus le jeune de l'époque. Yal avoue avoir pris quelques kilos depuis les années 1990.
Accompagner, pour toujours
Éric et David, véritable duo
face à toute épreuve
Les deux compères ne se sont jamais vraiment perdus de vue. Ces dix dernières années, Éric a accompagné David à plusieurs reprises, sur différentes courses. Des compétitions parfois difficiles, sur lesquelles les organisateurs ne pensaient pas pouvoir accueillir David. "Il m'a toujours impressionné. C'est une personne avec un mental hors du commun. David pourrait facilement donner des leçons.", confirme-t-il.
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