Forêt d'Andaine, forêt d'Ecouves, des Ventes-de-Bourse, forêt de Bellême, de Réno-Valdieu, de la Trappe, forêt de Gouffern, ou de Saint-Evroult… Pour de simples balades en famille, pour aller y courir un trail, pour aller y cueillir des champignons, pour aller à la chasse ou pour aller y écouter le brame du cerf. Chacun a sa raison d'aller dans nos forêts qui, déjà dans les années 1600 avaient attiré le Roi de France qui avait besoin du bois de l'Orne pour construire ses bateaux !
L'Orne, poumon de la Normandie
Avec 87 000 hectares de forêts auxquels s'ajoutent 17 600 hectares de haies et bosquets, la surface boisée couvre environ 20 % de la superficie du département de l'Orne, qui est le plus "forestier", véritable poumon vert de la Normandie. Après la Sarthe, l'Orne est aussi le deuxième département le plus boisé de tout le Grand Ouest de la France, avec trois quarts de feuillus et le restant planté de résineux.
Mais outre les balades, la chasse, ou le trail, la forêt cache une réalité bien moins évidente pour la majorité du grand public : cette forêt est avant tout source de richesse, d'activité économique, d'emplois. La forêt est exploitée. Durablement. Parcelle par parcelle, le bois est scié, séché, transformé. Et, cycle éternellement renouvelé, le terrain forestier est replanté. Écrit ici, cela peut sembler évident.
Pour certains, il faudrait arrêter de couper les arbres, mais c'est une hérésie !
Combien d'exploitants forestiers ont été interpellés, voire insultés par des promeneurs parce qu'ils coupaient des arbres, à l'image de certains élus urbains qui se refusent à implanter un sapin dans leur ville à Noël, par pure idéologie. Celle dont les messages qu'elle véhicule détournent certains jeunes de la sylviculture, alors que les 125 exploitants forestiers qui exercent dans l'Orne peinent actuellement à recruter…
Une denrée devenue rare
Ce serait la faute à la Covid et à Donald Trump qui, pour son plan de relance, a distribué des chèques à ses compatriotes qui ont engagé des travaux dans leur maison. Mais avec la Covid, les scieries américaines étaient fermées et en désaccord avec le Canada, du bois a donc dû être importé d'ailleurs dans le monde, où il s'est subitement fait rare. D'autant qu'au 1er janvier prochain, de nouvelles normes sur les émissions de gaz à effet de serre placeront le bois (comme le chanvre, le liège, la paille) au cœur de la conception des nouveaux bâtiments, ce qui va encore augmenter la consommation de bois !
Tendance Ouest est allé à la rencontre des professionnels de la forêt dans l'Orne. Ceux qui sélectionnent les essences d'arbres les mieux adaptées, les plantent, les entretiennent, qui effectivement les coupent… pour en replanter d'autres. Ces arbres avec lesquels on fabrique des meubles, on construit des maisons, désormais souvent en bois, dans lesquelles les cheminées brûlent… du bois.
Les forêts nous entourent, mais tous les artisans subissent une pénurie de bois
Charpentier couvreur à Saint-Pierre-des-Nids, Raphaël Macé subit de plein fouet la pénurie de bois.
Raphaël Macé est charpentier couvreur cogérant de MA2C, à Saint-Pierre-des-Nids. "Depuis mars, c'est la pénurie, confirme-t-il. Ce qui est rare est cher, c'est une augmentation jusqu'à +300 %. Ce n'est pas vivable pour les entreprises qui prévoient une hausse annuelle de 3 à 7 %, mais là c'est du jamais vu."
Comment expliquer cette pénurie ?
"À mon niveau, je n'ai pas d'explication. On a trois chantiers bloqués. Sur le lamellé-collé et les panneaux de bois, on n'arrive pas à se faire livrer, aucun de nos fournisseurs n'a de réponse. Leur phrase depuis six mois, c'est : 'Ça devrait s'arranger'. Mais personne ne sait dans quel délai. On nous promet des livraisons, mais quatre mois après, elles ne sont pas là. Et on nous a annoncé de nouvelles hausses."
Comment réagissent vos clients ?
"Les relations se tendent parfois, les devis effectués il y a plusieurs mois ne sont plus tenables. Certains clients comprennent la clause qui permet de réévaluer le prix en fonction de l'évolution du coût des matières premières. D'autres ne veulent pas comprendre que le bois a augmenté lorsqu'ils financent leurs travaux sur emprunt et que la facture finale augmente de 20 %, même si nous, artisans, n'avons pas augmenté le coût de notre prestation."
Les entreprises font-elles face ?
"Pour ne pas perdre de chantiers, certains seraient actuellement contraints de travailler à perte. Évidemment, cette situation ne pourra pas s'éterniser. J'ai vingt ans d'expérience dans la profession, heureusement, on avait fait un peu de stock de bois."
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