Vous vous êtes de nouveau rendu au ministère de l’Industrie, vendredi 16 mars. Pourquoi ?
“Depuis la visite de Nicolas Sarkozy le 24 février, nous avions l’impression que le dossier était bloqué. Nous voyions les semaines passer. Et chaque semaine, c’est 2,5 millions d’euros de contrats, salaires et charges qui partent en fumée. Nous avons décidé d’alerter les médias. Ce pavé dans la mare est remonté très vite. En une heure, l’Elysée était informée et les choses ont bougé. Le ministre nous a assuré que l’accord final de processing avec Shell allait être signé très vite et que toutes les barrières seraient levées pour lancer les travaux de redémarrage.”
La date limite pour le dépôt des offres de reprise a été repoussée au 5 avril. Est-ce une bonne nouvelle ?
“Le report était déjà plus ou moins prévu à l’origine, mais il fallait maintenir le 15 mars comme date butoir pour faire avancer le dossier. Cela a payé. Le groupe suisse Klesch a déposé une offre, bien qu’incomplète, et ce report va permettre de la préciser. Aujourd’hui, quatre ou cinq autres pistes sérieuses se dessinent. Nous remuons ciel et terre pour trouver le meilleur candidat possible.”
Pour vous, c’est l’avenir du raffinage européen qui est en jeu...
“Le problème est clair : nous accumulons les normes environnementales et de sécurité. Rien qu’ici, 40 millions d’euros doivent être investis au titre du Plan de prévention des risques technologiques. Pendant ce temps-là, en Inde ou en Afrique, les mêmes entreprises raffinent à bas coût. Conséquence, un record a été battu en 2011 : 41 millions de tonnes de produits finis ont été importées en France. Nous ne demandons pas que les normes soient supprimées, mais qu’elles soient imposées à tous. Si ce n’est pas le cas, alors créons une taxe pour ces importations et qu’elle soit au moins égale au coût du respect des normes actuelles en Europe.”
Les employés de la raffinerie sont-ils encore confiants ?
“Fin décembre, nous n’étions plus rien. Aujourd’hui, nous sommes en train de gagner la bataille, la première du genre menée par des salariés. Nous avons réussi qu’une loi soit votée en huit jours pour interdire aux entreprises défaillantes de détourner des actifs. Reste la bataille du repreneur : en cas d’échec, nous aurons tout perdu car notre souhait n’est pas de préparer des licenciements mais de sauver l’usine. Ce qui me réjouit, c’est que nous recevons un soutien et une sympathie très forte. Dans la rue, on nous encourage. Même l’archevêque est venu nous voir !”
Propos recueillis par Thomas Blachère
Une vie, six dates
1957 : naît à Pontoise
1980 : arrive à la raffinerie de Petit-Couronne (service production)
1987 : devient technicien chimiste
1991-2005 : membre du Comité d’hygiène et de sécurité (CHS)
1995 : est élu au comité d’entreprise (CE)
1997 : devient trésorier du CE
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