Au-delà de l'effet de mode, l'agriculture urbaine semble vouloir s'ancrer profondément dans nos villes. La promesse d'une autonomie alimentaire est-elle tenable ?
Penser périphérie urbaine
Maxime Marie, maître de conférences à l'université de Caen (Calvados), est un spécialiste de la question. Il définit l'agriculture urbaine comme une activité agricole qui se déploie dans un environnement urbain avec ses contraintes (foncier, agriculture verticale, lieux étriqués, etc.). Pour lui, l'agriculture très high-tech, hors-sol, pratiquée dans des mégalopoles comme New York ou Tokyo, sur les toits ou dans des parkings, ne peut pas s'appliquer à des villes moyennes comme Le Havre. "Sur ces techniques très modélisées, il faut savoir raison garder. Ça n'a pas de sens alors qu'à 10 minutes, on est dans un espace agricole naturel." Pour le chercheur, il faut plutôt penser à une périphérie maraîchère et repenser les systèmes logistiques pour alimenter les villes (véhicules électriques, vélo ou autres).
La Communauté urbaine du Havre y travaille depuis 2015. Elle a mis en place un Espace test agricole à Cauville-sur-Mer. Une ferme en maraîchage biologique peut accueillir jusqu'à trois agriculteurs souhaitant tester leur activité avant de se lancer. La CU propose également un Fonds d'initiative locale agricole visant à aider au maintien et au développement d'une activité agricole respectueuse de l'environnement sur son territoire. Un Projet alimentaire de territoire (PAT) est mis en place pour inciter à la production et à la consommation locales. Il s'agit de la mise en réseau d'acteurs alimentaires locaux (producteurs, transformateurs, grande distribution en passant par la restauration collective). Un deuxième PAT est en cours d'élaboration. Les associations sont de plus en plus nombreuses à promouvoir l'agriculture urbaine. Le Havre de culture(s) a vu le jour il y a un an. En lien avec Graine en Main, elle est en train de créer la Ferme d'Eprémesnil, en périphérie de ville. La ferme est présentée comme un futur tiers-lieu nourricier. L'association est en train d'y installer un jardin en permaculture à but pédagogique. "Ce sera l'occasion de présenter l'agriculture urbaine", commente Julie Letendre, la responsable. "On n'en est qu'au début. On souhaite aussi accompagner la création de jardins potagers au pied d'immeubles sociaux [l'association est soutenue par le bailleur Logeo Seine]." Si Julie ne croit pas à l'autonomie alimentaire totale, elle pense que l'autosuffisance sur certains postes alimentaires est possible. Même son de cloche du côté de l'association Havre de Vers (voir encadré). Léo Massé, cofondateur, voit une ville plus verte. "Il faut se réapproprier les espaces. Pour faire pousser des légumes, il y a plein de possibilités. Il y a de la place pour planter en ville."
"Il ne faudrait pas que ça devienne has been de cultiver des plantes en terre", prévient Maxime Marie. "Il ne faut pas oublier qu'il y a des agriculteurs qui ont du mal à vivre, qui ne sont pas éloignés des villes et qui apportent du volume. Les initiatives d'agriculture urbaine méritent d'exister. Ça reconnecte les gens avec la nature, mais il ne faut pas opposer les choses."
Havre de Vers : respecter le vivant
L'association Havre de Vers collecte des déchets végétaux pour les transformer en compost. Elle élève pour cela des vers.
L'association est née en janvier 2016, dans le quartier Danton du Havre. Elle compte 110 adhérents. Son objectif est de sensibiliser à la bonne réutilisation de la matière organique. Il s'agit de transformer nos déchets végétaux en compost.
Lombricompostage
Havre de Vers collecte les invendus de fruits et légumes de trois commerces du quartier (Biocoop, Rayons Verts et Carrefour City). Une partie est transformée en jus et en fruits déshydratés. Le reste sert d'alimentation aux vers pour le compost. Le tout est revendu aux adhérents. Les objectifs sont divers pour les membres. Certains veulent tout simplement revaloriser leurs déchets, d'autres veulent faire pousser leurs propres légumes ou fruits. Ces plantations peuvent se faire en jardin, mais aussi dans des bacs sur les balcons.
Se réapproprier l'espace public
Havre de Vers veut valoriser les végétaux. Elle milite pour un retour de la terre en ville. Devant ses locaux de la rue de Tourville, elle a obtenu l'autorisation d'installer un jardin de rue. Le bitume a été enlevé sur une bande de 20 cm sur 2 mètres. Les adhérents ont pu y planter des haricots, une citrouille, des tomates, des fraises, du persil, du basilic ou encore de la menthe. C'est comme ça qu'ils rêvent la ville : des jardins participatifs le long des trottoirs, la plantation d'arbres fruitiers et des lianes comme les kiwis ou les vignes.
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