Né dans une famille pauvre des Côtes-d'Armor, un 25 décembre, le président de la Fédération française de football (79 ans), réélu samedi, s'est forgé un destin national depuis Guingamp, où il a fait fortune dans l'agro-alimentaire, propulsé l'En Avant du monde amateur à la coupe d'Europe, et dirigé la mairie sous l'étiquette du Parti socialiste.
Tombé dans la marmite du foot "à l'âge de 7 ans", le septuagénaire au crâne dégarni et aux lunettes classiques, a toujours conservé un pied en Bretagne et un autre à Paris, où il a pris la tête de la Ligue professionnelle dans les années 1990, avant de conquérir la FFF en 2011.
C'est comme patron de la Ligue que cet ancien représentant en électroménager et hi-fi s'est imposé dans la France du foot, en imposant un toilettage de la gestion des clubs, avec l'instauration de la DNCG, et en entrant en collision frontale avec Bernard Tapie au moment de l'affaire VA-OM.
Architecte de la 2e étoile
Ce "monstre politique", selon la formule d'un proche, a su tisser un réseau au-delà du cercle socialiste de ses débuts, s'offrant une ligne directe avec l'Elysée, de François Hollande jusqu'à Emmanuel Macron.
Loyal avec l'Etat, dur avec ses adversaires, il est devenu maître dans l'art des formules assassines, comme son prédécesseur à la FFF, Fernand Duchaussoy (2010-2011), a pu le constater. "Il a été battu, ce gentil monsieur. J'ai beaucoup d'estime pour lui mais il sort d'où, là ? De la naphtaline un petit peu, non ?"
Le "Prez", comme il est surnommé au siège de la FFF, assure désormais à 79 ans ne plus vouloir croiser le fer. "Je ne suis pas dans l'outrance ou dans l'attaque", esquivait-il dans les dernières heures de la campagne, préférant parler de son bilan.
Arrivé sur les ruines de Knysna, Le Graët est le bâtisseur de la deuxième étoile gagnée par l'équipe de Didier Deschamps au Mondial-2018. Sous son magistère, la FFF s'est enrichie en reprenant notamment le contrôle des droits marketing liés aux Bleus, poule aux oeufs d'or qui a permis de signer un contrat record avec l'équipementier Nike.
La pratique féminine s'est aussi développée, avec un envol du nombre de licenciées, une visibilité accrue pour le Championnat (avec Canal+ en diffuseur et Arkema en sponsor-titre) et une équipe de France désormais troisième nation Fifa, malgré le revers en quart de finale de "son" Mondial en 2019.
Dérapages contrôlés
Ses détracteurs évoquent pêle-mêle un exercice autoritaire du pouvoir, un désintérêt pour le foot amateur (ce qu'il conteste), une gouvernance de la FFF minée par les conflits, une critique qui touche aussi l'équipe de France féminine de Corinne Diacre, sélectionneuse à la communication parfois froide et maladroite.
Côté com', "NLG" s'est rendu coupable de sorties hasardeuses en minimisant le problème de l'homophobie dans les stades ou du racisme dans le foot, qui "n'existe pas ou peu" selon lui. Sa récente déclaration aux relents sexiste sur les Bleues qui "peuvent se tirer les cheveux" tant qu'elles gagnent, a aussi fait des vagues.
"Cet homme ne maîtrise plus son langage", l'a conspué son rival historique Frédéric Thiriez. "Aucun intérêt. Aucun regret", a paré en retour l'insubmersible patron du foot français, remis d'une leucémie lymphoïde annoncée en 2018 et toujours prompt à assumer ses prises de parole.
Le PDG fondateur du groupe Le Graët (780 salariés), spécialisé dans la pêche, les conserves et les surgelés, peut alimenter fréquemment les gazettes avec des déclarations fracassantes, mais il assure pourtant ne pas chercher la lumière.
Lui se voit comme "quelqu'un d'assez réservé" qui "ne cherche pas l'actualité à tout prix", a-t-il glissé à l'AFP. "J'espère avoir la sagesse, à mon âge, et surtout l'expérience. J'essaye de réfléchir à tout ce qui a pu se passer pour commettre le minimum d'erreurs".
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