Au premier jour du réquisitoire, lundi, l'avocate générale Julie Holveck a appelé la cour à une réponse "ferme et équilibrée", estimant que chacun des accusés avait "sa part de responsabilité" dans le "processus mortifère" qui a conduit aux attentats.
"Il n'est pas question de faire payer aux vivants les fautes des morts" mais "ayez en tête que sans eux", le "trio" formé par les frères Saïd et Cherif Kouachi et Amedy Coulibaly "n'était rien", a martelé la magistrate dans ce réquisitoire à deux voix avec son collègue Jean-Michel Bourlès.
"Ils sont la cheville ouvrière, la base arrière de ce projet, de la petite main à l'homme de main, du lieutenant au commandant, de la petite frappe au voyou patenté, du fou de dieu à l'opportuniste cynique", a-t-elle listé.
Jugés depuis le 2 septembre, les 14 accusés sont poursuivis pour leur soutien présumé aux frères Kouachi et à Amedy Coulibaly, auteurs des attentats du 7 au 9 janvier 2015 contre Charlie Hebdo, une policière de Montrouge et une supérette Hyper Cacher.
Ces attaques, premières d'une vague sans précédent en France, ont fait 17 morts et soulevé une onde de choc. Elles ont "volé notre bien le plus précieux, notre sécurité". Mais "de l'horreur de ces faits, on doit s'extraire" pour "juger des hommes", a estimé Julie Holveck, appelant à dépasser "l'émotion".
Dossier "fragile"
Agés de 29 à 68 ans, les accusés encourent des peines allant de dix ans de prison à la réclusion criminelle à perpétuité. Trois d'entre eux sont jugés par défaut, dont Hayat Boumeddiene, ex-compagne de Coulibaly, introuvable depuis sa fuite en Syrie quelques jours avant les attentats.
Dans le box, Ali Riza Polat est celui qui risque le plus gros. Présenté comme "le bras droit" de Coulibaly, ce Franco-turc de 35 ans a multiplié à l'audience les coups de sang, reconnaissant un penchant pour l'argent et le trafic de drogue mais réfutant toute responsabilité dans les attaques.
Les autres accusés, déjà condamnés à de multiples reprises, mais jamais pour des affaires de terrorisme, ont quant à eux nié avoir participé à la recherche des armes et assuré n'avoir rien su des projets d'attentats.
L'enquête, sur laquelle la cour est longuement revenue, a permis d'identifier deux "filières" impliquées dans la fourniture des armes retrouvées en possession d'Amedy Coulibaly: l'une "belgo-ardennaise", l'autre "lilloise".
Plusieurs déplacements entre Paris, Lille et la Belgique ont ainsi été mis au jour à l'aide de la téléphonie. Quelques traces ADN ont par ailleurs été retrouvées, ainsi qu'une liste d'armes établie et rédigée par Ali Riza Polat.
Mais la façon dont cet arsenal a transité puis atterri entre les mains des terroristes reste peu claire. Et de nombreuses zones d'ombre entourent le dossier, jugé "fragile" par les avocats de la défense.
"Droit de mentir"
Il y a "des zones d'ombres qu'il faut assumer", a reconnu Julie Holveck, en dénonçant l'attitude des accusés, qui ont multiplié face à la cour les déclarations contradictoires. "Ils ont le droit de mentir mais c'est à nous d'en tirer les conséquences".
Lors de leur réquisitoire, les magistrats n'ont demandé l'abandon de la qualification terroriste que pour un seul des accusés: Mohamed Fares. Elle l'avait déjà été pendant l'instruction pour l'un des suspects, Christophe Raumel.
"Il existe encore des doutes" sur la connaissance "de la destination des armes" qu'on reproche à Mohamed Fares d'avoir vendues, a reconnu Jean-Michel Bourlès.
Pour les autres accusés renvoyés pour association de malfaiteurs terroriste (AMT) criminelle, qualification controversée punie de 20 ans de réclusion, les magistrats ont estimé que les éléments étaient "suffisamment" caractérisés.
"Ils ont agi en connaissance de cause de l'engagement jihadiste" de Coulibaly et des frères Kouachi, a fait valoir Julie Holveck.
Les plaidoiries de la défense débuteront mardi après-midi et se prolongeront jusqu'à lundi. Le verdict est attendu le 16 décembre.
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