Chaque mois, Aurélie Hélaine se verse 5 % de son salaire… en rollons. La patronne de Kokliko, salon de coiffure bio et végétal à Caen, est l'une des adeptes de cette monnaie numérique 100 % normande, portée depuis juin 2018 par l'Association de la monnaie normande citoyenne (AMNC). "Nous recevons une dizaine de paiements en rollons par mois, et les clients qui l'utilisent y sont fidèles. Mais elle mérite d'être beaucoup plus connue", regrette la coiffeuse. Entièrement dématérialisé, le rollon s'écoule via une application mobile chez les 1 400 commerçants, artisans ou sites de loisirs qui l'acceptent, en Normandie. Charge à eux de les faire circuler, en payant à leur tour leurs fournisseurs en rollons. La patronne de Kokliko achète par exemple son café à un torréfacteur local ou a financé l'aspirateur du salon en rollons. Mais le système a ses limites. "Payer les grands fournisseurs reste compliqué, constate Sylvie Orcier, présidente de l'association de commerçants les Vitrines de Caen. L'idéal serait que davantage de plombiers, informaticiens, etc. l'utilisent, ou que l'on puisse payer ses impôts locaux en rollons."
300 000 euros de subvention
À Caen, seuls soixante-dix commerces acceptent la monnaie normande, selon le système de géolocalisation intégré à l'application. "L'objectif, aujourd'hui, est de poursuivre un réseau d'acceptation du rollon. Les types de commerces visés reçoivent des clients qui ont déjà commencé à réfléchir à leur consommation", indique Guillaume Lorin, directeur de l'AMNC. Pour se renforcer, l'association bénéficie d'une "force phénoménale pour une monnaie locale" : la Région Normandie. La collectivité verse une subvention annuelle de 150 000 €, auxquels s'ajoute une enveloppe de 150 000 €, votée au nom de la relance économique. Un montant justifié, selon Lynda Lahalle, conseillère régionale en charge du dossier : "Le rollon a tout son sens en cette période de crise économique car il fixe la richesse sur le territoire." Ainsi, un rollon est réutilisé en moyenne quatre fois, quand l'euro circule deux fois avant de quitter la région. "Il y a bien un effet levier sur l'économie", selon l'élue.
Pour adhérer au rollon,
les commerçants versent une adhésion annuelle de 24 euros.
Les incitations demeurent cependant indispensables. Comme par exemple un jeu-concours lancé par l'AMNC qui permet, jusqu'au 30 novembre, de gagner 200 000 de rollons en chèques-cadeaux. La Région offre aussi dix rollons à chaque jeune qui souscrit au dispositif Atout Normandie, un bouquet d'avantages réservé aux moins de 25 ans. "On essuie un peu les plâtres, reconnaît Guillaume Lorin. Mais nous sommes la seule monnaie locale à l'échelle d'une région. D'autres territoires nous regardent." Comme souvent pour les monnaies locales, le cap des trois ans d'existence permettra d'en savoir plus sur les chances de succès du rollon.
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