Le phénomène marque jusqu’à la plus petite bourgade de la communauté d’agglomération de Caen la mer, Périers-sur-le-Dan. Dans cette commune de 500 habitants, Henri Le Maître, producteur de céréales, dirige son exploitation depuis vingt-cinq ans. Mais peut-être plus pour longtemps.
“La future liaison routière qui doit relier Courseulles-sur-mer à Bénouville et Troarn coupera mes terres en deux, et me privera de la moitié de mes 98 hectares de production. Cette année, j’en ai déjà perdu quelques-uns en faveur d’un camping. L’an prochain, ce sera un lotissement. Construire sur des mètres de limon, des terres très fertiles, c’est un crime écologique !” Les sols agricoles situés entre Caen et la mer sont parmi les plus fertiles en Europe. “Au nord du département, les rendements de blé sont régulièrement exceptionnels, atteignant parfois 115 quintaux par hectare : c’est plus du double du volume moyen”, souligne Dominique Larralde, responsable du secteur de la Plaine de Caen à la Chambre d’agriculture du Calvados. Mais ces terrains sont aussi les plus prisés par les investisseurs et les agences immobilières, qui voient en la proximité de la mer un bel atout pour séduire les acheteurs.
Certains agriculteurs sont de plus en plus tentés de partir s’installer sur des exploitations plus éloignées de l’agglomération, risquant moins de subir l’élargissement de l’emprise urbaine. Les prix du foncier sont bien sûr un argument de poids : le prix de l’hectare a augmenté entre Caen et la mer de près de 20 % en trois ans, et peut parfois atteindre 15 000 €, contre environ 10 000 € ailleurs.
“Halte au gaspillage”
Le Schéma de cohérence territoriale, arrêté par le syndicat mixte Caen-Métropole en décembre 2010, s’est pourtant fixé des engagements “extrêmement violents” de l’urbanisation des espaces cultivables.“Il engage à limiter la consommation de cet espace rural à 3 000 hectares en vingt ans. Le rythme a été de 200 hectares par an depuis dix ans. Ces dernières années, de 300. Il faut réduire ce chiffre de moitié”, insiste Dominique Vinot-Battistoni, vice-président de Caen la mer en charge de l’urbanisme. Pour respecter ces engagements, plusieurs solutions sont avancées.
L’habitat, principal consommateur d’espace agricole, est responsable de plus de la moitié de la transformation des terres agricoles. “Il faudra s’attacher à boucher les trous à l’intérieur des communes. Et pour relativiser la consommation d’espace, on devra compter 20 à 25 logements par hectare, trois fois plus qu’à l’heure actuelle.”
Le développement économique et l’installation de nouvelles zones d’activité ont aussi un effet conséquent. Une évolution observée de près par la Société d’aménagement foncier et d’établissement rural (Safer) de Basse-Normandie, en charge d’accompagner le développement de l’économie locale tout en préservant les ressources naturelles. “Un exemple à Mondeville est symbolique. Une zone de stockage utilise quelques hectares et mobilise un terrain de 40 hectares, transformés en pelouses et en colonnes d’arbres... Halte au gaspillage ! Ces terres peuvent être utilisées en bonne intelligence avec les agriculteurs”, estime Stéphane Hamon, le directeur de la Safer de Basse-Normandie. Autre grand poste de consommation d’espace, les infrastructures routières qui tracent des lignes à travers champs, rognant à chaque fois des dizaines d’hectares de céréales ou de betteraves. Et dans ce domaine aussi, les projets sont nombreux.
“On aura pourtant besoin de nourriture dans les années à venir. Je suis déjà en train de vendre ma production céréalière de 2013”, s’inquiète Henri Le Maître. “Heureusement, il y a une prise de conscience. C’est un grand paquebot qu’il faut faire changer de direction”, conclut-il.
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