L'agression samedi au couteau d'une candidate à la mairie de Cologne, impliquée dans l'aide aux réfugiés, conforte les craintes des autorités qui mettent en garde depuis des semaines sur le risque d'un "terrorisme d'extrême droite" en raison de l'afflux de migrants.
L'attaque contre la favorite de l'élection de dimanche Henriette Reker, 58 ans, une indépendante soutenue par la CDU de la chancelière Angela Merkel, intervient au moment où la dirigeante conservatrice fait face à une fronde contre sa politique d'ouverture à l'égard des migrants dont des centaines de milliers sont arrivés en Allemagne cette année.
Si le suspect de 44 ans semble avoir agi seul et qu'une expertise psychiatrique est encore en cours, il a lui-même reconnu, selon la police, avoir "commis cet acte avec une motivation raciste". Sa victime est responsable de la prise en charge des réfugiés à Cologne.
La chancelière a "exprimé sa stupeur" après cette attaque, tandis que le ministre de la Justice, Heiko Maas, a dénoncé "un acte inimaginable et abominable". La présidente de la région de Cologne, la Rhénanie du nord-Westphalie, Hannelore Kraft, y a vu "une attaque contre la démocratie".
Cette agression s'inscrit aussi dans un contexte de violences contre les migrants, avec notamment des dizaines d'attaques contre les foyers de demandeurs d'asile depuis le début de l'année.
Et dans l'est de l'Allemagne, les manifestations de mouvements populistes et d'extrême droite rassemblent de nouveaux des milliers de manifestants, si bien que les autorités disent ouvertement craindre l'escalade.
"Si l'excitation des extrémistes de droite contre les réfugiés continue comme ça, alors il est possible que des partisans isolés se radicalisent encore et deviennent des terroristes d'extrême-droite", soulignait ainsi dans une interview mi-septembre Hans-Georg Maassen, le chef du renseignement intérieur allemand, le Verfassungsschutz.
"On peut se retrouver avec de petites cellules qui préparent des attentats", avait-il encore dit.
Par ailleurs, ces dernières semaines, les mouvements populistes s'en prenaient dans leurs discours tout autant aux réfugiés envahissant, selon eux, l'Allemagne qu'aux politiques les laissant venir.
Ainsi, lundi dernier, les militants de Pegida, le mouvement islamophobe de Dresde qui a encore radicalisé son discours avec la crise des réfugiés, a choqué l'Allemagne en dressant des potences "réservées" à Mme Merkel et à son vice-chancelier social-démocrate, Sigmar Gabriel.
- 'Femme plus dangereuse d'Europe' -
Tatjana Festerling, candidate de ce groupe à la mairie de Dresde, avait aussi qualifié la semaine dernière la chancelière de "femme la plus dangereuse d'Europe" devant une foule scandant "traître, traître" à l'adresse des dirigeants allemands.
Pegida, qui fête lundi prochain son premier anniversaire, espère faire le plein à cette occasion pour encore dénoncer les centaines de milliers de migrants, fuyant notamment la guerre en Syrie, qui ont traversé l'Europe avec l'espoir de s'installer en Allemagne.
Mais les critiques visant la chancelière proviennent aussi de son propre camp, où l'on estime que trop c'est trop, en particulier du côté de la CSU, l'allié bavarois de la CDU.
Mme Merkel tente néanmoins encore et toujours de rassurer. Elle multiplie les interviews pour défendre sa politique d'ouverture au nom de principes humanitaires tout en promettant d'expulser les migrants économiques.
"Nous n'avons pas le pouvoir de dire combien de gens vont venir chez nous, mais nous pouvons décider qui peut rester et qui ne le pourra pas", a-t-elle encore souligné dans le quotidien Frankfurter Allgemeine Zeitung (FAZ) de samedi.
Et comme à son habitude, elle a rejeté l'éventualité de fermer les frontières de son pays aux migrants, jugeant cela du domaine de l'impossible.
"Pour moi il s'agit d'agir de manière intelligente et pas en proposant de fausses solutions", a martelé Mme Merkel.
Mais selon les derniers sondages, moins d'un Allemand sur deux dit soutenir la politique de la chancelière concernant les réfugiés. Début octobre, 51% d'entre eux disaient même avoir "peur" de l'afflux des migrants.
Depuis la fin de la Seconde guerre mondiale, aucune formation d'extrême droite n'a jamais été représentée à la chambre des députés, le Bundestag. Mais le parti néo-nazi NPD, est actif dans certaines régions de l'ex-RDA.
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